08 juin 2007
Le Confluent des Deux Océans
L'auteur, Muhammad Dârâ Shokûh, soufi persan, fait dans ce long texte de nombreux parallèles entre la doctrine soufie et la doctrine hindoue. Extrêmement intéressant dans la perspective qui est la notre.
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20 avril 2007
L'idolâtrie
par Théophile.
Toutes les doctrines traditionnelles orthodoxes, purement métaphysiques ou religieuses sont unanimes à ce sujet : le principe de l'existence est Un. C'est particulièrement évident en ce qui concerne les 3 religions abrahamiques : judaïsme, christianisme et islamisme. Ca l'est un peu moins en ce qui concerne ce qu'on appelle improprement "polythéisme". Le pur polythéisme n'a existé que dans les formes décadentes de certaines doctrines, ou celle-ci, par incompréhension, perdait de vue l'Unité dans laquelle se résolvait nécessairement la multiplicité des dieux. C'est uniquement à cette phase de décadence que le terme polythéisme correspond. C'est à ce titre qu'il est d'ailleurs condamné en tant qu'idolâtrie, ce qu'il est effectivement devenu, par involution. Ainsi, les dieux, légitimes personnifications des différents attributs de Dieu deviennent des êtres indépendants, et de symboles de la Réalité ( qui est métaphysique, "au-delà" de la matière, donc au-delà de la multiplicité de la matière ) ils deviennent eux-mêmes cette réalité. Alors que le but de toutes doctrines est de fournir à l'homme les moyens d'accomplir son destin, qui est, d'une certaine manière, le retour au Principe, à l'Unité, le polythéisme joue le rôle inverse et enchaîne les hommes à la multiplicité; il devient un ferment de décomposition tirant les hommes vers le bas, vers la quantité pure, le Chaos.
Le Principe est Un, nécessairement Un puisque sans cela, le monde serait Chaos. Une statue, sans unité préalable, ne serait que de la poussière. Le Principe est Un, mais l'existence, qui est la manifestation de ce Principe, est une « sortie » hors du Principe, hors de l'Unité, et une « chute » dans la multiplicité. D'un point de vue temporel, cette « chute » peut être vue comme un éloignement progressif de l'Unité principielle, une « matérialisation progressive », un rapprochement avec le Chaos. Historiquement, cela se traduit par l’importance que prends de plus en plus la quantité sur la qualité. Cela est flagrant dans tout les domaines de la vie quotidienne ; l’égalitarisme, la démocratie, l’usure, ou la production et consommation de masse, les guerres modernes, ou même les sentiments, la réflexion … On pourrait multiplié sur des pages les domaines où la quantité l’emporte aujourd’hui sur la qualité.
Les doctrines traditionnelles, avons-nous dis, on pour but de reconduire l’homme à son unité principielle. Mais si la fin est la même pour toutes, le commencement diffère parfois tellement, qu’un œil profane peut y voir des enseignements sans aucun rapport, ou même contradictoires. Ces différences sont dues à ce que nous expliquions à l’instant, c'est-à-dire que le « temps » est qualitativement différent selon la plus ou moins grande proximité avec le Principe. Cela est à plus forte raison, le cas également pour les hommes qui vivent en ces temps-là. Une époque qui serait bien antérieur à une autre, sera marquée par une plus forte tendance à l’Unité. Une doctrine née en des temps semblables peut, sans risquer de perdre de vue le Principe Un, multiplier les dieux. Mais la même doctrine, en des temps plus marqués par une tendance chaotique, perdra immanquablement, aux yeux du plus grands nombres ( ceux qui sont, par nature, les plus susceptibles d’être influencés par ces choses qui leur sont extérieures, comme les déterminations qualitatives du temps, dont nous parlons présentement ) l’Unité qui en était le socle, dégénèrera en idolâtrie et renforcera la tendance qui était celle de l’époque, la tendance à la multiplicité, jouant ainsi le jeu des forces contre lesquelles elle est sensée lutter, lutte qui est sa raison même d’être.
Avec ces éléments, l’on comprend mieux la condamnation de l’idolâtrie qui est celle des religions abrahamiques. Et si ce sont ces dernières qui ont été les plus virulentes contre elle, c’est parce qu’elle n’a jamais été aussi prête de mener le monde à sa perte. A notre époque (qui est la dernière de ce cycle, donc la plus éloigné de son origine, de l’unité principielle, et qui est donc également la plus proche du début du cycle suivant, donc d’un retour, d’une réintégration dans le Principe) c’est la tendance à la multiplicité, la tendance chaotique qui règne incontestablement. C’est parce que l’époque tend avec des forces toujours croissantes vers la multiplicité pure, le Chaos, que l’Islam, dernière religion révélée de ce cycle a affirmé catégoriquement l’Unité absolue du Principe, que l’Islam condamne avec autant de fermeté la négation du Principe Un, c'est-à-dire « l’association », qui est le terreau de l’idolâtrie.
La première phrase que prononce le fidèle à son entrée en Islam est « La ilaha illa’lah », Nulle divinité si ce n’est Dieu. Loin d’être la marque d’un quelconque exclusivisme religieux, qui poserait donc l’existence d’autres divinités susceptibles d’adoration, c’est l’affirmation absolue de l’Un, affirmation dont le développement logique est pour le croyant au final la pleine réalisation qu’il n’existe rien sinon Dieu. A ce niveau, qui est celui de rares saints, il prend pleinement conscience que l’affirmation même de son ego est un péché d’association, que l’homme est condamné à l’idolâtrie jusque ce qu’il s’en débarrasse et réintègre l’Un, ou selon la terminologie islamique, s’éteint en Dieu, qui est source de toute Perfection.
Mais ce sont là des sommets qui sont, pour le commun des hommes, inaccessibles. Cependant, ils doivent être un but vers lequel tout homme doit tendre. C’est ce but qui donne un sens à la vie, c’est en vue de la réalisation de ce but que Dieu, dans sa Miséricorde, a multiplié tout au long de l’histoire des hommes, les révélations, les rappels, les doctrines, qui sont autant de voies vers l’Un.
Plotin, fils spirituel du divin Platon, disait : « Notre Patrie est le lieu d’où nous venons, et notre Père est là-haut ». C’est à notre tour, aujourd’hui, de tenter l’ascension pour regagner notre Patrie. Seuls réussiront ceux qui auront tranchés les liens d’ici-bas avec l’épée du La ilaha illa’lah , ceux qui auront, dans leur coeur abattus toutes les idoles, comme le Prophète le fit autours de la Kaabah, ceux qui pourront, avec lui, dire en totale sincèrité : « La Vérité est venue et l’erreur s’est dissipée ! En vérité l’erreur était inconsistante ! »
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10 avril 2007
Monothéisme et Non-Dualité
Ces considérations préliminaires sont nécessaires pour dire maintenant que nous n’envisageons pas le terme de « monothéisme » dans le sens traditionnel le plus général, maisen un sens plus restrictif et particulier, où il ne désigne que les traditions abrahamiques, quiapparaissent précisément à un moment de l’Histoire, où les hommes s’éloignent du Divin au point que plus rien dans la Manifestation ne peut servir de support de révélation au Divin.Ainsi, par exemple, si Dieu, en cette fin d’Age de Fer, se manifestait aux hommes sous laforme d’un Ange, les hommes Le prendraient réellement pour un Ange, qu’ils se mettraient à diviniser et à adorer comme s’il s’agissait là véritablement de Dieu. Cela est dû à l’ignoranceconcernant l’idée de Dieu, pourtant la plus claire de toutes, la plus élevée de toutes, qui n’estautre que celle de l’Infini.
Or cette forme traditionnelle par laquelle Dieu élimine tout intermédiaire entre Lui et les hommes, se traduit dans la pratique par la distinction entre un adorant et un adoré, et donc,de la part de l’adorant, par la servitude. C’est un terme à résonance islamique, mais qui peuts’appliquer aux traditions abrahamiques en général. Dieu est considéré en un certain sens comme distinct de la Manifestation, puisque rien en elle ne peut servir de support à sarévélation. Dieu exerce sa divinité sur la Manifestation. Le Divin est conçu comme Seigneur,comme Roi, comme Maître, et les hommes – ou les créatures en général – comme serviteurs et comme esclaves. Le Seigneur exerce sa seigneurie sur son serviteur ; ainsi Dieu exerce sadivinité sur ses créatures. Cependant, cette forme traditionnelle semble être en désaccord avecla doctrine hindoue de la non-dualité, en instaurant une distinction et une séparation infranchissable entre l’Incréé et le créé. Cette opposition peut être soulignée par les nomsmêmes qui désignent ces conceptions. En effet, quand on parle de non-dualité, c’est pour direque celle-ci est précisément au-delà de l’unité et de la multiplicité. En revanche, le
monothéisme se fonde sur l’idée d’unité.
Certains veulent se tirer de cette difficulté en arguant que cette conception du Divin est exotérique, et que la doctrine de la non-dualité est ésotérique. Donc il n’y a pas de conflitpuisque chaque doctrine se situe à son niveau de réalité propre dans lequel elle a toute salégitimité. Or, même si cela peut être en partie vrai, c’est là une façon de voir qui ne va pas au fond des choses, et en reste à une compréhension superficielle des traditions abrahamiques.
Enfin, sur la question du péché, il est faux de dire que seuls les sages des traditionsthéistes s’en prémunissent. De plus, si les sages semblent se prémunir contre le péché, ce n’estpas tant pour eux-mêmes, que pour les créatures en général. Cela est en rapport avec laréalisation descendante et le voeu de bodhisattva. Le sage qui se prémunit contre le péché lefait avant tout pour ne pas troubler l’ordre cosmique – auquel il n’est certes plus soumis –, cequi ne manquerait pas de créer des désordres aux niveaux microcosmique et macrocosmique.C’est donc par compassion envers les créatures que le sage agit conformément à l’ordre. Inutile de rappeler ici que la Compassion, ou la Miséricorde, est un Attribut Divin. Celamontre bien à quel point le sage a atteint l’Identité Suprême, puisque la réalisationdescendante vient parachever la réalisation ascendante en totalisant tous les degrés de
13:38 Publié dans :: ad-Din ul-Qayyim | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : tradition primordiale, islam, guénon, monothéisme, unité, Dieu
