31 mars 2008
Les raisons de la chute du Califat
Ce qui suit est la traduction de la lettre concernant le sionisme écrite en 1911 par le dernier Sultan ottoman, le Sultan Abdulhamid Khan au Sheikh Soufi Shadhili, Muhammad Efendi Abu Shamat:
Au nom d'Allah le Compatissant, le Miséricordieux!
Qu'Allah, le Seigneur des mondes, soit loué. Que la paix et les bénédictions soient sur Prophète, le messager du Seigneur du monde. Je m'adresse au sheikh respecté de la tariqa Shazili Mohammad Efendi Abu Shamat, le guérisseur des âmes et l'illumineur des coeurs, l'homme remarquable de son temps. Après les salutations je veux dire que j'ai reçu votre message le 22 mai et je remercie Allah que vous soyez en bonne santé. Mon Seigneur, Allah Tout-Puissant, étant à mon aide, je consacre des jours et des nuits à la récitation des wirds et je vous demande de toujours vous rappeler de moi dans vos prières. Laissez-moi partager avec vous et avec les gens de lucidité et d'esprit, mes soucis dans le respect d'une question très importante:
J'ai quitté le poste du dirigeant du Caliphat seulement à cause des obstacles et des menaces qui provenaient des gens qui se font appeller ' les Jeunes Turcs. ' Le Parti de l'Unité et du Progrès insiste d'une manière obsédante sur mon accord pour former un état juif national sur la terre sacrée de la Palestine. Mais malgré leur entêtement je l'ai toujours fortement refusé. Vers la fin ils m'ont offert 150 milions de livres anglaises en or, mais de nouveau j'ai refusé et je leur ai dit la chose suivante. ' Si vous m'offrez tout l'or du monde en l'ajoutant à vos 150 milions, je ne consentirai pas à vous donner la terre. J'ai servi l'Islam et les gens de Muhammad, paix et bénédictions sur lui, pendant plus de 30 ans et je ne serai pas le nuage de l'histoire Islamique, l'histoire de mes pères et grands-pères, des sultans ottomans et les califes.
Après mon refus définitif, ils ont décidé de m'enlever du pouvoir et après cela ils m'ont dit qu'ils me transporteraient à Salonique et j'ai dû démissionner. Je loue mon bienfaiteur qui ne m'a pas laissé apporter la honte sur l'état ottoman et le monde Islamique. Je veux m'y arrêter. Je loue le Tout-puissant de nouveau et finis ma lettre. J'embrasse vos mains nobles et espère que vous ne refuserez pas mon respect pour vous. Saluez tous nos frères et amis, Oh, mon excellent maître. Pardonnez-moi pour une si longue lettre mais j'ai voulu que vous soyez informés. Paix, bénédictions et miséricorde d'Allah sur vous.
Le Gardien des croyants, Abdulhamid ibn Abdulmajid.
29 Ramadan 1329.
Le 22 septembre 1911
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28 mars 2008
Extrait, sur la civilisation théocentrique
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28 août 2007
Le nazisme et l’Islam
par Claudio MUTTI
Je n'ai pas pour but de m'occuper des orientations spirituelles d'Hitler et de sa position vis-à-vis de la religion ; je me limite seulement à dire avec Léon Degrelle [le fondateur du Rex belge], que « contrairement à tout ce qu'on a pu raconter, Hitler n'était pas du tout un païen » et nous renverrons le lecteur aux nombreuses pages de Bormmann-Vermerke dans lesquelles le Führer manifestait à un cercle restreint d'intime sa conception du divin.
Nous noterons ici, citant encore le général Degrelle, que « Hitler avait indiscutablement un faible pour la religion islamique. Lui qui était d'origine catholique et comme enfant avait chanté dans le chœur de la paroisse, montrait un grand intérêt pour l'Islam et sa civilisation ».
En effet, si on lit les « propos de table » d’Adolf Hitler, nous ne pouvons qu’être frappés par ses appréciations enthousiastes relatives à l'Islam. Dans la conversation du 5 juin 1942, par exemple, le Führer affirme l'infériorité du christianisme par rapport aux autres religions, parmi lesquelles l'Islam :
« Et cette fois nous éprouvons une violente sensation de colère à la pensée que des Allemands ont pu s'enliser dans des doctrines théologiques privées d'une quelconque profondeur quand sur la vaste terre il y en a d'autres, comme celles de Confucius, de Bouddha et de Mahomet, qui à l'inquiétude religieuse offrent un aliment d'une bien autre valeur. »
On retrouve la comparaison entre l'Islam et le christianisme, à l'avantage du premier, dans une autre conversation, le 1er août 1942 :
« Nous ne comprenons pas que les prêtres s’imaginent Dieu à la ressemblance d'un homme. De ce point de vue, les disciples de Mahomet sont, de loin, supérieurs aux prêtres, parce qu'ils n'éprouvent pas le besoin de se figurer Allah physiquement ! »
Dédaigné et repoussé par les aspects anthropomorphiques du christianisme, Hitler admirait la manière purement intellectuelle avec laquelle les Musulmans pensaient à Dieu :
« il le fascinait donc, lui aussi, cet Allah jamais vu, jamais représenté par personne, un mystère constant. »
Dans les mêmes circonstances, Hitler exalta la civilisation musulmane de l'Espagne et vit dans la Reconquista catholique l'empreinte du sectarisme et de la barbarie :
« L'époque arabe fut l'âge d'or de l'Espagne la plus civilisée. Puis vint l'époque des persécutions toujours recommencées. »
Le sujet fut repris le 18 août 1942 :
« La civilisation a été un des éléments constitutifs de la puissance de l'Empire romain. La même chose se produisit en Espagne sous la domination des arabes. La civilisation y atteint un niveau rarement atteint. Une époque, indiscutablement, d'humanisme intégral, dans laquelle régna le plus pur esprit chevaleresque. L'intrusion du christianisme y a apporté le triomphe de la barbarie. L'esprit chevaleresque des Castillans est en effet un héritage des Arabes ».
Et, nous rencontrons alors, chez Adolf Hitler, la plus fervente expression de sympathies pour l'Islam qu'un Européen non musulman puisse prononcer :
« Si à Poitiers Charles Martel avait été battu, le monde aurait changé de face. Puisque le monde était déjà condamné à l'influence judaïque – et son sous-produit le christianisme est une chose si insipide ! –, il aurait mieux valu que l'Islam triomphe. Cette religion récompense l'héroïsme, promet au guerrier les joies du Septième Ciel… Animé d'un esprit semblable, les Germains auraient conquis le monde. Ils en ont été empêchés par le christianisme. »
Hitler aurait voulu reprendre, au XXe siècle, la politique de Frédéric II avec le monde musulman; parmi les obstacles qui empêchèrent la réalisation d'un tel dessein, il y eut l'alliance avec l'Italie, laquelle était, malgré tout, une puissance coloniale asservissant des populations musulmanes. A ce propos, cherchant à comprendre les motifs de son échec, Hitler affirmait en février 1945 :
« L'allié italien nous a mis des bâtons dans les roues presque partout. Par exemple il nous a empêché de conduire une politique révolutionnaire en Afrique du Nord, parce que nos amis musulmans soudain ont vu en nous les complices, volontaires ou involontaires, de leurs oppresseurs. Les souvenirs de la répression barbare à l'égard des Senoussis étaient toujours dans leur mémoire. Comme si ça ne suffisait pas, la prétention ridicule du Duce, d'être considéré comme “l'Épée de l'Islam”, était objet de moquerie. Ce titre, qui est dû à Mahomet et à un grand conquérant comme Omar, Mussolini se l'est fait attribuer par certaines tristes figures soudoyées ou terrorisées par lui. Nous avions la possibilité de faire une politique de longue haleine à l'égard de l'Islam ; elle a été gâchée, comme du reste beaucoup de chose, que nous avons dû abandonner en raison de notre fidélité à notre alliance avec l'Italie. »
Grand admirateur de l'Islam et ami sincère des musulmans, informé du fait que l'ummah musulmane l'appelait hajji et priait pour la victoire des armées du Reich, Hitler conserve toujours la conscience des justes limites individuelles et de la juste position à l'égard de l'islam, pour lequel non seulement il ne prétendit jamais à aucun titre du genre de celui que se fit attribuer Mussolini, mais il ne voulut pas non plus favoriser un certain enthousiasme messianique :
« Il y a des enthousiastes qui éprouvent le besoin de me déifier – de faire de moi un prophète, un nouveau Mahomet, un second messie. Eh bien, cela ne me convient pas du tout. Je n'ai l'âme ni d'un prophète, ni d'un messie. »
Il est un geste emblématique, dans lequel se reflète l'attitude d’Hitler à l'égard de l'islam. Degrelle témoigne que le Führer envoya en cadeau « à chacun des soixante mille volontaires musulmans de la Waffen SS une petite chaîne en or à laquelle était attachée un minuscule Coran ».
A la position philoislamique de Hitler correspond, dans les milieux nationaux-socialistes, une sympathie diffuse pour l'islam, qui donna lieu dans les années 30, à de nombreuses conversions d'Allemands. En novembre 1938, le journal L'Univers, se référant à un article parut dans Der Arbeitsmann, écrivait :
« L'essentiel de l'article consiste à faire l'éloge du concept islamique de fatum, comme conception exemplaire de l'idée du destin, et dans l'opposition d'une telle conception au christianisme craintif et efféminé. »
C'est pourquoi se référant à l’hebdomadaire berlinois Fridericus, la revue française écrivait que « le nombre de conversion à l'islam ne cesse d'augmenter en Allemagne ». Aussi Fridericus attribuait le succès de l'islam dans le Troisième Reich au fait que l'islam « proclame des principes vitaux d'une éthique assez élevée, à laquelle il est très possible de se conformer ». Harmonisant les idées de justice et de miséricorde, écrivait Fridericus, l'islam s'impose comme une religion active, supérieure au christianisme et à sa « charité », raison pour laquelle « c’est surtout l'homme nordique qui se sent attiré vers cette foi libératrice et vers cette idée ».
L'Univers concluait donc :
« Les Autrichiens rendus au Reich doivent apprendre que dans leur nouvelle capitale, les sphères dirigeantes préfèrent la religion de Mahomet au christianisme et que cette religion voit croître le nombre de ses adhérents dans les registres officiels, tandis que la propagande en faveur de l'abandon des églises chrétiennes s'étend toujours plus. »
Parmi les témoignages relatifs à la sympathie et à la confiance que le monde musulman accorda à l'Allemagne nationale-socialiste et à sa lutte, il est nécessaire de citer, en résumant l'essentiel, l'essai d'une femme écrivain musulmane de l'Inde, Saïda Savitri, sorti à Paris sous le titre L'Islam devant le national-socialisme. L'auteur pense pouvoir reconnaître dans l'Allemagne une structure dont Dieu se sert pour abattre la civilisation matérialiste et exhorter les musulmans à ne pas laisser l'occasion s'échapper :
« Ce n'est pas seulement sur leurs ceinturons que les soldats du grand mystique Hitler portent la devise Gott mit uns. Il est gravé dans leur âme de héros. Ils avancent, avancent toujours, pour abattre les superstitions et le matérialisme. Ces victoires répétées ne peuvent pas se produire sans la permission de Dieu. (…) Grâce à l'Allemagne, nos pires ennemis sont réduits à l'impuissance. Bientôt ils ne seront plus en état de faire obstacle. Si nous laissons passer ce moment, unique dans l'histoire mondiale moderne, nous commettrons un acte d'authentique félonie à l'égard de Dieu, qui nous a confié une mission d'équilibre et de civilisation. »
L'Allemagne nationale-socialiste est, pour Saida Savitri, l'unique nation occidentale avec laquelle le monde musulman peut entretenir des relations sans crainte de subir des corruptions et des contaminations :
« l'Allemagne hitlérienne est la seule nation occidentale dont le contact ne risque pas de nous déformer. Elle est notre sœur par son fanatisme (j'use ce terme à bon escient, car nous en sommes gratifiés tous les deux). Quant à moi, je donnerais à cette disposition spirituelle le nom d'idéalisme. »
Le nazisme présente d'autre part, pour elle, une série de point en commun avec l'islam :
« A première vue sans entrer dans les détails, nous nous trouvons, à treize siècles de distance, devant deux révolutions sociales quasi identiques. »
Voulant montrer des aspects semblables des deux doctrines, l'auteur cite un large choix de passages des écrits d'Hitler, faisant ressortir comment le Führer exprime souvent des notions et des conceptions bien connues de l'islam :
« On pourrait croire entendre parler nos premiers califes. »
L'Allemagne nationale-socialiste, affirme entre autres l'auteur indienne, a compris la menace représentée par l'usurocratie juive et cela la place résolument au côté des musulmans :
« L'Islam depuis toujours, l'Allemagne aujourd'hui, ont compris ce danger. C'est pour ceci que j'estime urgent une alliance étroite entre ces deux mentalités, dans le but de lutter contre un danger commun que nous ne devons pas sous-estimer. »
Les mêmes idées que celles exprimées par Saida Savitri inspirèrent la conférence tenue par le professeur Abû's-Su'ûd le 6 juillet 1942 à l'Académie des sciences de Berlin. Abû's-Su'ûd affirme que les principes de l'islam n'admettent pas la démocratie, parce qu'un tel régime consiste dans la suprématie d'une oligarchie capitaliste laquelle, au moyen du mensonge et de la tromperie, tend à asservir les êtres humains, à en assujettir l'âme et à exploiter leur travail et leurs richesses. L'organisation islamique, soutenait Abû's-Su'ûd, ressemble au contraire au système national-socialiste, parce que la responsabilité du gouvernement est donnée à un chef qui nomme ses propres conseillers et fonctionnaires. En fait dans l'islam la consultation n'oblige pas le gouvernement : celui-ci peut consulter qui il veut et agir selon le conseil qu'on lui donne ou selon son propre avis ; c'est lui le responsable et c'est sa voix qui prévaut. D'autre part, le droit du chef de choisir ses propres conseillers libère la nation de l'escroquerie électorale, dans laquelle ce n'est jamais le meilleur qui gagne, mais le plus rusé, le plus habile dans l’art de la tromperie. Cela était précisément le critère au temps de Mahomet et des quatre premiers califes. Le choix de ceux-ci d'autre part, eut lieu au moyen de systèmes divers, parmi lesquels prévalut celui de la désignation du successeur (istikhlâf) : le chef d'Etat désignant par nomination celui qui devait lui succéder.
Mais la personnalité de l'Islam qui mieux que toute autre représenta activement la convergence de vue et la solidarité entre le Troisième Reich et le monde musulman fut le Grand Mufti de Jérusalem al-Hâj Muhammad Amîn al-Hussaynî. Né en 1897, à Jérusalem, d'une noble famille descendant du prophète qui se vantait d’avoir occupé durant les deux derniers siècles la charge de Mufti dans la Ville sainte, Muhammad Amîn fit ses premières études en Palestine ; puis à l'âge de dix-sept ans, il entra à l'université islamique al-Azhar, au Caire. En Egypte, le jeune al-Hussaynî fréquenta le mouvement anti-britannique dont il devint un des animateurs et des organisateurs. Après la première guerre mondiale, il devint l'inspirateur de la lutte des Palestiniens contre les prédateurs sionistes et contre les troupes d'occupation anglaises. Il échappa à la police militaire britannique et il se réfugia en Transjordanie où – condamné à dix années de prisons par contumace – il continua son action en approvisionnant les Palestiniens en armes. Devenu Grand Mufti de Jérusalem et président du Conseil suprême musulman, al-Hussaynî intensifia son activité en organisant les soulèvements de 1929 et de 1936, qui virent les Palestiniens s'insurger contre les occupants anglo-sionistes. Par la suite il continua son action dans la Syrie occupée par les Français ; puis, en 1939, il passa en Irak.
Le peuple de ce pays, ne supportant pas les positions anglophiles du gouvernement réserva au Grand Mufti et à ses gens un accueil triomphal. En Irak, la sympathie pour l'Allemagne était vive, des groupes étaient actifs comme al-Futuwwab, qui l'année précédente avait envoyé à Nuremberg une délégation de dix-sept militants, tandis que le chef de l'organisation, Mahmûd Fadhil al-Janabî, avait été reçu par Hitler. La présence du Grand Mufti en Irak renforça donc les positions anti-britanniques, au point que le 21 mars 1940 un nouveau gouvernement, présidé par Rashîd Alî al-Gailânî, s'installa à Bagdad. Il proclama vouloir maintenir la neutralité du pays dans le conflit qui venait d'éclater en Europe. Londres réagit en sommant le gouvernement irakien de rompre les relations diplomatiques avec l'Allemagne et l'Italie, mais al-Gailânî, bénéficiant de l'appui du Grand Mufti, refusa.
En janvier 1941, dans un long message, al-Hussaynî avait écrit à Hitler :
« Les chaleureuses sympathies que les Arabes nourrissent à l'égard de l'Axe et de l'Allemagne sont et seront déterminantes. »
Le Führer lui répondra :
« L'Allemagne nationale-socialiste reconnaît la totale indépendance des nations arabes et pour celles qui ne l'ont pas encore obtenu, reconnaît le plein droit à l'obtenir. Les Allemands et les Arabes ont comme ennemis communs les Anglais et les Juifs. »
En avril et mai 1941, eut lieu l'agression britannique contre l'Irak. Il y eut une mobilisation générale dans le pays : les membres des organisations initiatiques Naqshbandiyya et Qâdiriyya donnèrent l'exemple en s'enrôlant comme volontaires, immédiatement imités par de vastes couches de la population, y compris de nombreuses femmes. Le Grand Mufti appela à la lutte au côté des frères irakiens des milliers de volontaires syriens, transjordaniens, et palestiniens ; mais ni le combat des Arabes, ni l'intervention des aviations allemandes et italiennes, ne réussirent à empêcher que la supériorité matérielle des envahisseurs leur permette de rétablir la situation à leur avantage.
Le Grand Mufti, Rashid al-Gailânî et les ministres du gouvernement irakiens durent se réfugier en Iran ; mais à la fin d'août il y eut une intervention militaire anglo-soviétique, qui plaça sur le « Trône du Paon » Muhammad Rezâ Shâh. Le Grand Mufti et al-Gaîlâni jugèrent alors plus opportun de chercher un refuge en Europe.
Après un voyage rocambolesque à travers le Proche-Orient et les Balkans, al-Hussaynî se retrouva en Italie. A Radio Rome il lança un appel aux peuples musulmans les exhortant de soutenir le combat de l'Axe. Il rejoignit ensuite l'Allemagne et rencontra Adolf Hitler, dont al-Gailâni avait déjà fait la connaissance en mars 1941. Hitler fut fasciné par la personnalité de al-Hussaynî et par la « supériorité de son intelligence » et accorda au haut dignitaire de l'islam un privilège jamais accordé à personne précédemment en Allemagne : il le logea dans le Palais impérial de Berlin et il donna des instructions afin que, sur cet édifice, le drapeau de la Palestine flotte plus haut que celui du Reich.
Aux micros de la Deutscher Rundfunk, qui émettait en langue arabe, le Mufti déclara que la victoire de l'Allemagne signifierait non seulement la libération de la Palestine, mais de tout le monde arabe, jusqu'au Maroc. De la sorte, une intervention rectificative sur la politique étrangère allemande, orientée jusqu'alors par rapport à la présence coloniale française en Afrique, prend forme. Voici un passage significatif du discours que tint al-Hussayni à la radio allemande à l'occasion de la Fête des sacrifices ('Id al-Adhâ) :
« Aujourd'hui le monde musulman se trouve davantage devant le problème de la lutte pour l'indépendance. Seulement un effort inconditionné et un sacrifice généreux justifient la liberté de l'existence. Aux ennemis qui ont fait tout pour humilier les Arabes et assujettir l'islam, il faut opposer le maximum de résistance. Parmi les éternels ennemis de l'islam et des Arabes il y a, en premier lieu, les Juifs ; ceux-ci s'opposent à l'islam depuis ses débuts et afin de réaliser leur dessein d'hégémonie mondiale, ils ont déchaîné contre les peuples une guerre qui décidera de leur existence même. Les Juifs veulent, en outre, contraindre le peuple arabe à affronter cette lutte pour son existence, tentant, avec tous les moyens suggérés chez eux par la haine de notre peuple, d'expulser et d'exterminer la population arabe de Palestine, qui est aussi la Terre Sainte pour l'islam. Déjà, jadis, le chef sioniste Chaim Weismann a déclaré qu'un jour l'Afrique du Nord serait un pont entre les deux principaux centres juifs : New York et Jérusalem. Les Etats-Unis et la Grande-Bretagne appuient de toute façon les desseins juifs, étouffant par la terreur, par le sang et le feu, toutes les protestations des Arabes et des musulmans. D'un bout à l'autre du monde
islamique quatre cents millions de musulmans subissent la domination des puissances alliées, auxquelles s'unit d'ailleurs le bolchevisme athée et destructeur, lequel opprime cruellement quarante millions de musulmans. Lieux de prière et mosquées ont été détruites, des personnalités ont été sauvagement assassinées. Ainsi, la politique anglo-saxonne a moissonné de nombreuses victimes parmi les musulmans : hommes, femmes, enfants. Tous ces frères, éliminés dans l'intérêt du capitalisme judaïque en Palestine, en Hadramout, en Irak, en Egypte et dans l'Union soviétique, ne seront jamais oubliés, ni par les Arabes, ni par les musulmans. La guerre actuelle déchaînée par les Juifs est l'occasion qui se présente aux musulmans pour se libérer de la persécution et de la terreur qui plane continuellement sur la terre de leurs ancêtres. Que la Fête des sacrifices rappelle à chacun de vous qu'il faut combattre dans cette lutte pour la liberté avec un esprit de sacrifice toujours en accroissement. »
Au cours du conflit mondial l'activité du Grand Mufti fut incessante. Il renouvela continuellement ses appels aux peuples arabes afin qu'ils soutiennent de toutes leurs forces la guerre de l'Axe contre l'ennemi commun ; il exhorta les musulmans du sous-continent indien à s'opposer résolument à l'impérialisme britannique ; il suggéra à Subhas Chandra Bose l'idée d'organiser une Légion indienne qui combattit aux côtés de l'Axe ; il réussit à obtenir la libération de nombreux Arabes faits prisonniers sous l’uniforme de l'armée anglo-française et les exhorta à s'engager dans la Légion arabe libre, qui combattait sur le front oriental ; il participa à la conférence de Wannsee, dans le cours de laquelle fut élaboré la « solution finale » du problème juif, qui consistait dans le transfert des Juifs à l'est [pas un mot sur la Shoah].
En avril 1943 le Grand Mufti se rendit personnellement en Croatie pour inviter les musulmans de cette région à mener le jihâd dans les rangs de la Kroatische SS-Freiwilligen-Division, créée en février de cette même année. La division, forte de vingt mille Bosniaques et de quelques centaines d'Albanais, fut transférée au Puy, à soixante kilomètre au Sud-Ouest de Saint-Etienne pour recevoir son entraînement.
Le 6 août, Hitler promulgua les dispositions suivantes :
« On doit garantir à tous les membres musulmans des Waffen-SS et de la police le droit indiscutable, prévu par leur religion, à ne pas manger de la viande de porc et à ne pas boire de boissons alcooliques. Il faudra leur garantir des menus équivalents. (…) Je ne veux pas que, par la stupidité et l'étroitesse d'esprit de quelques individus isolés, un seul de ces héroïques volontaires eut à ressentir une gêne et à se croire privé des droits qui leurs ont été assurés. (…) J’ordonne que chaque infraction à ces dispositions soit punie sans la moindre hésitation et qu'on m'en rende compte. »
Au Puy, la division des musulmans croates s'entraîna sous les ordres du SS-Obersturmbann-führer Husein-Beg Biscevic ; en novembre 1943, elle fut transférée en Silésie, en décembre nous la trouvons en Autriche. En février 1944, la division musulmane se trouve en Bosnie septentrionale ; le nombre de volontaires qui accoururent pour s'enrôler dans ses rangs est si élevé, qu'il devient nécessaire de constituer une seconde division croate. A côté de la division entraînée au Puy, qui le 15 mai 1944 reçut la dénomination définitive de 13. Waffen-Gebirgs-Division der SS « Handshar » (kroatische Nr. 1), naît ainsi la 23. Waffen-Gebirgs-Division der SS (kroatische Nr.2) qui sera ensuite appelée « Kama » ; en septembre, les deux divisions croates sont réunies dans le IX. Waffen-Gebirgs-Korps der SS, tandis que les éléments albanais sont embrigadés dans une nouvelle division : la 21. Waffen-Gebirgs-Division der SS « Skanderbeg » (albanische Nr. 1).
Vers le milieu d'octobre 1944 fut formé un régiment (Rgt, Gr. 13. SS-Gebirgs-Division « Handschar ») qui combattit contre les troupes soviétiques. Quand, à la fin de mars 1945, la Margarethe-Stellung entre la Drave et le Balaton dût être abandonnée suite à l'effondrement de la frontière au Nord du Balaton, les restes de la Handschar continuèrent à se battre en Autriche jusqu'au 7 mai 1945. Capturés par les Anglais, ils furent livrés aux partisans de Tito et ensuite massacrés par ces derniers à Maribor, sur la Drave, au sud de la frontière autrichienne.
En Albanie, les motifs qui poussèrent les musulmans à se ranger du côté de l'Axe, après l'annexion du pays par l'Italie en avril 1939, furent multiples. Avant tout les autorités fascistes avaient dû renoncer à la politique de latinisation, concédant aux Albanais une autonomie culturelle et administrative toujours plus large ; puis, avec la campagne de Yougoslavie, le Kosovo avait été annexé à l'Albanie, qui le revendiquait comme territoire irrédent ; enfin, la guerre prenait toujours plus l'aspect d’un conflit de civilisation et le monde patriarcal albanais ne pouvait assurément pas adhérer au front plouto-marxiste. Ce fut ainsi, qu'après la chute du fascisme et après l'armistice du 8 septembre 1943, les forces nationales albanaises proclamèrent l'indépendance de pays et se rangèrent au côté du Reich. Aux troupes régulières se joignirent les volontaires du Kosovo, de nombreux nationalistes du Balli Kombetar, des monarchistes de l'organisation Legaliteti, divers groupes de guérilleros, des bataillons de fascistes albanais, les sept mille Waffen-SS de la Skanderbeg commandés par Mustafa Bey Frashëri. Au total, près de quarante mille hommes, dont vraisemblablement les deux tiers de musulmans.
Dans les pays du Moyen-Orient, les sympathies des musulmans pour le combat de l'Axe n'étaient pas moins vives : on l'a vu en parlant de l'insurrection irakienne de 1941.
Au Liban, le PNSS [Parti national-socialiste syrien, je suppose] était entré en scène en 1937. Il préconisait la naissance d'une « Grande Syrie » du Taurus à Suez et de la Méditerranée au désert; un tel organisme, qui avait aussi adopté les signes extérieurs du nazisme, prônait cependant la séparation entre l'Etat et la religion, cela même si ses militants étaient en grande partie musulmans – à la différence du fondateur Antûn Sa'âdah, qui était de foi orthodoxe. Quand les alliés envahirent la Syrie, en juin 1941, les forces du gouvernement de Vichy engagées dans la défense du pays comprenaient outre des troupes françaises, huit bataillons syriens et trois libanais.
En Iran, l'hostilité populaire à l'égard des Anglais facilita, après 1933, les relations avec l'Allemagne et l'influence allemande dans le pays. Suite à l'agression anglo-soviétique de 1941 et à la décision de Rîza Shâh de se soumettre à la volonté des envahisseurs, un bon nombre d'officiers se prononcèrent pour la continuation de la lutte au côté de l'Axe. Ainsi, après l'abdication de Rîzâ Shâh, une partie de la population continua à combattre contre les occupants, un groupe d'agents allemands fut parachuté en Iran avec la tâche de maintenir la liaison entre les rebelles et l'Allemagne.
En Egypte aussi, on rencontrait de grandes sympathies pour l'Allemagne. Un témoignage tangible en était l'existence d'un fort Parti nationaliste arabe, qui constituait un front anti-britannique avec les Frères musulmans et une grande partie des cadres de l'armée. Ce fut ainsi que, confiante dans la victoire de l'Axe en Afrique du Nord, l'armée égyptienne resta l’arme au pied lors de l’avance des troupes italo-allemandes, tandis que dans tout le pays avaient lieu des manifestations populaires en faveur de Rommel. Les Anglais réagirent en imposant au Roi Farouk un premier ministre pro-britannique et en incarcérant comme agents de l'Axe six mille Egytiens. Cela n'empêcha pas que pendant toute la durée du conflit les Chemises vertes opèrent activement en faveur du Reich. En 1945, encore, les Frères musulmans éliminèrent une haute personnalité égyptienne qui s'était déclarée favorable à l'entrée en guerre de l'Egypte contre l'Allemagne.
Quant à l'Afrique du Nord colonisée par les Français, il faut mentionner les Deutsche-Arabische Truppen (trois mille volontaires tunisiens enrôlés à la fin de 1942), la Phalange africaine (trois cent musulmans et colons français, embrigadés dans la 334a division d'infanterie de la Wermacht) et un nombre non précisé de volontaires agrégés à la MVSN italienne. Parmi les Algériens et les cinq à six cent volontaires, regroupés dans une Légion nord-africaine qui opéra contre les partisans. D'autres volontaires nord-africains, diversement encadrés, combattirent sur le front de l'Est ; d'autres encore menèrent à terme des missions de sabotage dans l'Algérie occupée par les Français (parmi ces derniers citons Muhammad Sa'îd, qui fut ensuite un chef militaire du FLN et un ministre de l'Algérie indépendante).
La contribution des populations musulmanes de l'URSS ne manqua pas aux Waffen-SS : Tatars de Crimée, Caucasiens, Kirghiz, Ouzbeks et autres groupes ethniques turco-orientaux donnèrent environ cinquante mille combattants, incorporés dans diverses unités militaires : la Hârûn ar-Rashid, la Turkestan, etc. Les détachements qui, durant l'été de 1944, opérèrent à côté des Allemands au sud du Pô contre les partisans de l'Emilie étaient précisément constitués d'éléments turcs orientaux, aussi on les appelait communément les « Mongols ».
Nous avons déjà évoqué la Légion indienne, fondée par Chandra Bose en accord avec al-Husseynî. La Indische Legion, créée en Allemagne le 23 septembre 1943, regroupait cinq mille hommes, hindous, musulmans et sikhs. Elle fut le premier noyau de l'Armée nationale indienne, qui accueillit dans ses rangs, en Asie, trente mille volontaires. La Légion fut intégrée plus tard dans la Waffen-SS avec le nom de Freies Indien. D'autres Indiens (hindous et musulmans) combattirent dans la 18. SS Freiwilligen-Panzer-Grenadierdivision « Horst Wessel ». Des groupes de guérilleros musulmans, enfin, soutinrent la bataille de l'Axe en opérant contre les Anglais en territoire indien.
De même, dans le reste de l'Asie musulmane, l'Axe jouissait d'une vaste sympathie populaire, d'autant plus que l'Allié extrême-oriental de l'Allemagne, professait un grand respect pour l'islam que ce soit en Malaisie ou en Indonésie, où courrait la rumeur que le Tennô serait devenu musulman et aurait restauré le Califat ; de nombreux Japonais avaient d'ailleurs étudié l’arabe et s'étaient initiés à l'islam. Les Indonésiens n'opposèrent donc presque aucune résistance aux Japonais, lesquels furent au contraire accueillis comme des libérateurs. Les chefs du Sarek Islam et des mouvements nationalistes incarcérés par les Hollandais, furent libérés par les Japonais et collaborèrent avec ces derniers dans la perspective de la « Grande Asie Orientale ». Rassemblés dans la ligue Masjumi, dont dépendait l'organisation paramilitaire Hizbullâh, les musulmans constituèrent à Java, à Sumatra et à Bornéo, une armée volontaire qui aurait dû affronter, à côté des Japonais, l'invasion alliée que l'on craignait. Après l'écroulement du Japon, ces forces armées musulmanes rendirent possible l'indépendance de leur pays.
Une démonstration emblématique de l'influence que l'islam exerça sur des représentants de premier plan de la culture et de la politique nationale-socialiste est fournie par la conversion de Ludwig Ferdinand Clauss (1891-1974), chercheur en linguistique indo-européenne et en philologie germanique. Dans le domaine des études raciales, il élabora une théorie « psicanthropologique » qui s'impose comme une alternative à la conception biologique. Clauss vécu longtemps chez les musulmans du Moyen-Orient et publia une série de livres qui firent connaître au public allemand la vie et les coutumes de ces populations : Als Beduine unter Beduinen (1931), Semiten der Wüste unter sich (1937), Araber des Ostens (1943).
Des cas de ce genre se multiplièrent dans les années qui suivirent la fin du second conflit mondial, quand de nombreux militants nationaux-socialistes embrassèrent l'islam et exercèrent des fonctions de différents genres dans certains pays musulmans, comme l'Irak, la Syrie et surtout l'Egypte.
Le cas de Johann von Leers est exemplaire à ce sujet. Membre dirigeant du NSDAP à la fin de 1929, colonel SS, rédacteur de Der Angriff, auteur de différentes études d'anthropologie, le professeur d'université von Leers fut l'intime collaborateur de Goebbels, lequel lui confia la direction du Nordische Welt, organe de la Société pour la préhistoire et la protohistoire germanique. Après dix-huit mois d'internement dans un Lager anglo-américain, Von Leers réussit à fuir en Argentine, où il dirigea un journal en langue allemande. A la chute de Péron, il se mit à l'abri en Egypte ; ici il entra en islam avec le nom de Omar Amin. Von Leers organisa au Caire l'Institut de recherche sur le sionisme, dirigea des émissions radiophoniques écoutées dans tout le monde arabe, se chargea d'une importante collection de textes islamiques destinés au public allemand et donna vie à diverses initiatives éditoriales et de propagande.
Des centaines de nationaux-socialistes rejoignirent l'Egypte entre 1948 et 1951. Parmi ceux qui devinrent musulmans et qui exercèrent des fonctions d'un certain niveau dans l'Etat égyptien, citons : Joachim Daeumling, ex-chef de la Gestapo de Düsseldorf, qui réorganisa les forces de police en Egypte ; William Boeckler (Abd el-Karîm), ex-capitaine de la Gestapo, qui assuma une charge au service d'information; l'ex-SS Wilhelm Berner qui entraîna les fedayin palestiniens ; l'ex-SS-Gruppenführer A. Moser (Hasan Suleymâm), qui occupa un poste d’instructeur militaire; l'ex-commandant de la garde rapprochée d’Hitler Léopold Gleim (an-Nâsir), qui alla former les cadres des services de sécurité ; Louis Heiden (al-Hâj), ex-membre de l'Office central de sécurité du Reich, qui traduisit Mein Kampf en arabe ; Heinrich Sellman (Muhammad Sulaymân), ex-fonctionnaire de la Gestapo à Ulm ; Heinrich Willermann (Na'îm Fahum), ex-officier SS ; Erich Altern (Alî Bella), ex-commissaire de la Gestapo ; l'ex-officier SS Balmann ('Alî Ben Khader), Ludwig Zind (Muhammad Sâleh) ; Gerd von Ninzek (Ben 'Alî), Achim Dieter Pelschnik (al-Sa'îd), Ulrik Klaus (Mohammad Akbar), etc.
Tous ceux-ci trouvèrent dans l'islam et dans le potentiel humain représenté par l'ummah musulmane la seule force spirituelle et politique en mesure de contrecarrer l'usurocratie mondiale sortie victorieuse du conflit contre l'Axe.
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14 juin 2007
Influence de la civilisation islamique en Occident
Article tiré du recueil d'articles de René Guénon, Apercus sur l'ésotérisme islamique et le taoisme, publié originellement dans la revue El Marifah, et traduit de l'arabe pour être publié dans la revue Etudes Traditionnelles, en 1950.
Par exemple, s’il est généralement connu que l’Espagne est restée sous la loi islamique pendant plusieurs siècles, on ne dit jamais qu’il en fut de même d’autres pays, tels que la Sicile ou la partie méridionale de la France actuelle. Certains veulent attribuer ce silence des historiens à quelque préjugés religieux. Mais que dire des historiens actuels dont la plupart sont sans religion, sinon adversaires de toute religion, quand ils viennent confirmer ce que leurs devanciers ont dit de contraire à la vérité ?
Il faut donc voir là une conséquence de l’orgueil et de la présomption des Occidentaux, travers qui les empêchent de reconnaître la vérité et l’importance de leurs dettes envers l’Orient.
Le plus étrange en cette occurrence c’est de voir les Européens se considérer comme les héritiers directs de la civilisation hellénique, alors que la vérité des faits infirme cette prétention. La réalité tirée de l’histoire même établit péremptoirement que la science et la philosophie grecques ont été transmises aux Européens par des intermédiaires musulmans. En d’autres termes, le patrimoine intellectuel des Hellènes n’est parvenu à l’Occident qu’après avoir été sérieusement étudié par le Proche-Orient et n’étaient les savants de l’Islam et ses philosophes, les Européens seraient restés dans l’ignorance totale de ces connaissances pendant fort longtemps, si tant es qu’ils soient jamais parvenus à les connaître.
Il convient de faire remarquer que nous parlons ici de l’influence de la civilisation islamique et non spécialement arabe comme on le dit quelquefois à tort. Car le plupart de ceux qui ont exercé cette influence en Occident n’étaient pas de race arabe et si leur langue était l’arabe, c’était seulement une conséquence de leur adoption de la religion islamique.
Puisque nous sommes amenés à parler de la langue arabe nous pouvons voir une preuve certaine de l’extension de cette même influence en Occident dans l’existence de termes d’origine et de racine arabe beaucoup plus nombreux qu’on ne le croit généralement, incorporés dans presque toutes les langues européennes et dont l’emploi s’est continué jusqu’à nous, encore que beaucoup parmi les européens qui s’en servent ignorent totalement leur véritable origine. Comme les mots ne sont autre chose que le véhicule des idées et le moyen d’extériorisation de la pensée, on conçoit qu’il soit extrêmement facile de déduire de ces faits la transmission des idées et des conceptions islamiques elles-mêmes.
En fait, l’influence de la civilisation islamique s’est étendu dans une très large mesure et d’une manière sensible à tous les domaines, science, arts, philosophie, etc. L’Espagne était alors un milieu très important à cet égard et le principal centre de diffusion de cette civilisation. Notre intention n’est pas de traiter en détail chacun de ces aspects ni de définir l’aire d’extension de la civilisation islamique, mais seulement d’indiquer certains faits que nous considérons comme particulièrement importants, bien que peu nombreux soient à notre époque ceux qui reconnaissent cette importance.
En ce qui concerne les sciences, nous pouvons faire une distinction entre les sciences, nous pouvons faire une distinction entre les sciences naturelles et les sciences mathématiques. Pour les premières, nous savons avec certitude que certaines d’entre elles ont été transmises par la civilisation islamique à l’Europe qui les lui emprunta d’une façon complète. La chimie par exemple, a toujours gardé son nom arabe, nom dont l’origine remonte d’ailleurs à l’Égypte ancienne, et cela bien que le sens premier et profond de cette science soit devenu tout à fait inconnu des modernes et perdu pour eux.
Pour prendre un autre exemple, celui de l’astronomie, les mots techniques qui y sont employés dans toutes les langues européennes sont encore pour la plupart d’origine arabe,et les noms de beaucoup des corps célestes n’ont pas cessé d’être les noms arabes employés tels quels par les astronomes de tous les pays. Ceci est dû au fait que les travaux des astronomes grecs de ‘antiquité, tels que Ptolémée d’Alexandrie, avaient été connus par des traductions arabes en même temps que ceux de leurs continuateurs musulmans. Il serait d’ailleurs facile de montrer en général que la plupart des connaissances géographiques concernant les contrées les plus éloignées d’Asie ou d’Afrique ont été acquises pendant longtemps par des explorateurs arabes qui ont visité de très nombreuses régions et on pourrait citer beaucoup d’autres faits de ce genre.
Pour ce qui a trait aux inventions qui ne sont que des applications des sciences naturelles, elles ont également suivi la même voie de transmission, c’est-à-dire l’entremise musulmane, et l’histoire de « l’horloge à eau » offerte par le Khalife Haroun-el-Rachid à l’empereur Charlemagne, n’a pas encore disparu des mémoires.
En ce qui concerne les sciences mathématiques, il convient de leur accorder une attention particulière sous ce rapport. Dans ce vaste domaine, ce n’est pas seulement la science grecque qui a été transmise à l’Occident par l’intermédiaire de la civilisation islamique, mais aussi la science hindoue. Les Grecs avaient aussi développé ma géométrie, et même la science des nombres, pour eux, était toujours rattachée à la considération de figures géométriques correspondantes. Cette prédominance donnée à la géométrie apparaît clairement, par exemple dans Platon. Il existe cependant une autre partie des mathématiques appartenant à la science des nombres qui n’est pas connue, comme les autres sous une dénomination grecque dans les langues européennes, pour la raison que les anciens Grecs l’ont ignorée. Cette science est l’algèbre, dont la source première a été l’Inde et dont l’appellation arabe montre assez comment elle a été transmise à l’Occident.
Un autre fait qu’il est bon de signaler ici malgré sa moindre importance, vient encore corroborer ce que nous avons dit, c’est que les chiffres employés par les Européens sont partout connus comme chiffres arabes, quoique leur origine première soit en réalité hindoue, car les signes de numération employés originairement par les Arabes n’étaient autres que les lettres de l’alphabet elles-mêmes.
Si maintenant nous quittons l'examen des sciences pour celui des arts, nous remarquons que, en ce qui concerne la littérature et la poésie, bien des idées provenant des écrivains et des poètes musulmans, ont été utilisées dans la littérature européenne et que même certains écrivains occidentaux sont allés jusqu'à l'imitation pur eet simple de leurs oeuvres. De même, on peut relever des traces de l'influence islamique en architecture, et cela d'une façon toute particulière au Moyen Age; ainsi, la croisée d'ogive dont le caractère s'est affirmé à ce point qu'elle à donné son nom à un style architectural, a incontestablement son origine dans l'architecture islamique, bien que de nombreuses théories fantaisistes aient été inventées pour dissimuler cette vérité. Ces théories sont contredites par l'existence d'une tradition chez les constructeurs eux-mêmes affirmant constamment la transmission de leurs connaissances à partir du Proche-Orient.
Ces connaissances revêtaient un caractère secret et donnaient à leur art un sens symbolique; elles avaient des relations très étroites avec la science des nombres et leur origine première a toujours été rapportée à ceux qui bâtirent le Temple de Salmon.
Quoi qu'il en soit de l'origine lointaine de cette science, il n'est pas possible qu'elle ait été transmise à l'Europe du Moyen Age par un intermédiaire autre que celui du monde musulman. Il convient de dire à cet égard que ces constructeurs constitués en corporations qui possédaient des rites spéciaux, se considéraient et se désignaient comme étrangers en Occident, fût-ce dans leur pays natal, et que cette dénomination a subsisté jusqu'à nos jours, bien que ces choses soient devenues obscures et ne soient plus connues que par un nombre infime de gens.
Dans ce rapide exposé, il faut mentionner spécialement un autre domanie, celui de la philosophie, où l'influence islamique atteignit au Moyen Age une importance si considérable qu'aucun des plus acharnés adversaires de l'Orient ne saurait en méconnaître la force. On peut dire véritablement que l'Europe, à ce moment, ne disposait d'aucun auter moyen pour arriver à la connaissance de la philosophie grecque. Les traductions latines de Platon et d'Aristote, qui étaient utilisées alors, n'avaient pas été faites directement sur les originaux grecs, mais bien sur des traditions arabes antérieures, auxquelles étaient joints les commentaires des philosophes musulmans contemporains, tel qu'Averroès, Avicenne, etc.
La philosophie d'alors, connue sous le nom de scolastique, est généralement distingué en musulmane, juive et chrétienne. Mais c'est la musulmane qui est à la source des deux autres et plus particulièrement de la philosophie juive, qui a fleuri en Espagne et dont le véhicule était la langue arabe ,comme on peut le constater par des oeuvres aussi importantes que celles de Moussa-ibn-Maimoun qui a inspiré la philosophie juive postérieure de plusieurs siècles jusqu'à celle de Spinoza, où certaines de ses idées sont encore très reconnaissables.
Mais il n'est pas nécessaire de continuer l'énumération de faits que tous ceux qui ont quelque notion de l'histoire de la pensée connaissent. Il est préférable d'étudier pour terminer d'autres faits d'un ordre tout différent, totalement ignorées de la plupart des modernes qui, particulièrement en Europe, n'en ont pas même la plus légère idée; alors qu'à notre point de vue ces choses présentent un intérêt beaucoup plus considérable que toutes les connaissances extérieurs de la science et de la philosophie. Nous voulons parler de l'ésotérisme avec tout ce qui s'y rattache et en découle en fait de connaissance dérivée, constituant des sciences totalement différentes de celles qui sont connues des modernes.
En réalité, l'Europe na' de nos jours rien qui puisse rappeler ces sciences, bien plus, l'Occident ignore tout des connaissances véritables telles que l'ésotérisme et ses analogues, alors qu'au Moyen Age il en était tout autrement; et, en ce domaine aussi, l'influence islamique à cette époque apparaît de la façon la plus lumineuse et la plus évidente. Il est d'ailleurs très facile d'en relever les traces dans des oeuvres aux sens multiples et dont le but réel était tout autre que littéraire.
Certains Européens ont eux-mêmes commencé à découvrir quelque chose de ce genre notamment par l'étude qu'ils ont faite des poèmes de Dante, mais sans arriver toutefois à la compréhension parfaite de leur véritable nature. Il y a quelques années, un orientaliste espagnol, Don Miguel Asin Palacios, a écrit un ouvrage sur les influences musulmanes dans l'oeuvre de Dante et a démontré que bien des symboles et des expressions employées par le poète, l'avaient été avant lui par des ésotéristes musulmans et en particulier par Sidi Mohiyddin-ibn-Arabi. Malheureusement, les remarques de cet érudit n'ont pas montré l'importance des symboles mis en oeuvre. Un écrivain italien, mort récemment, Luigi Valli, a étudié un peu plus profondément l'oeuvre de Dante et a conclu qu'il n'a pas été seul à employer les procédés symboliques utilisés dans la poésie ésotérique persane et arabe; au pays de Dante et parmis ses contemporains, tous ces poètes étaient membres d'une organisation à caractère secret appelée "Fidèles d'Amour" dont Dante lui-même était l'un des chefs. Mais lorsque Luigi Valli a essayé de pénétrer le sens de leur "langage secret", il lui a été impossible à lui aussi de reconnaître le véritable caractère de cette organisation ou des autres de même nature constituées en Europe au Moyen Age. La vérité est que certaines personnalités inconnues se trouvaient derrière ces associations et les inspiraient; elles étaient connues sous différents noms, dont le plus important était celui de " Frères de la Rose-Croix". Ceux-ci ne possédaient point d'ailleurs de règles écrites et ne constituaient point une société, ils n'avaient point non plus de réunions déterminées, et tout ce qu'on peut en dire est qu'ils avaient atteint un certain état spirituel qui nous autorise à les appeler "soufis" européens, ou tout au moins mutaçawwufin parvenus à un haut degré dans cette hiérarchie. On dit aussi que ces "Frères de la Rose-Croix" qui se servaient comme "couverture" de ces corporations de constructeurs dont nous avons parlé, enseignaient l'alchimie et d'autres sciences identiques à celles qui étaient alors en pleine floraison dans le monde de l'Islam. A la vérité, ils formaient un anneau de la chaîne qui reliait l'Orient à l'Occident et établissaient un contact permanent avec les soufis musulmans, contact symbolisé par les voyages attribués à leur fondateur légendaire.
Mais tous ces faits ne sont pas venus à la connaissances de l'histoire ordinaire qui ne pousse pas ses investigations plus loin que l'apparence des faits, alors que c'est là, peut-on dire, que se trouve la véritable clef qui permettrait la solution de tant d'énigmes qui autrement resteraient toujours obscures et indéchiffrables.
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