28 mars 2008
Extrait, sur la civilisation théocentrique
extrait tiré du chapître IV de La Onzième Heure, de Martin Lings.
« Si notre époque est instructive sur le niveau le plus bas, aucune évidemment, ne l’est moins sur la nature des sociétés théocentriques. La plus récente des solutions providentielles au problème du gouvernement a été, il y a mille quatre cents ans, la fondation, à Médine, de l’Etat islamique primitif, dont le succès à ses débuts tient du miracle. Sa perfection initiale a cependant été de courte durée, mais, grâce à des archives détaillées, elle demeure aujourd’hui encore l’idéal, l’exemple et le critère. Aucun effet n’a été épargné pour la maintenir vivante dans la mémoire des hommes, et en un sens, c’est d’elle que l’Islam a vécu au cours des siècles. Incarnant pour ainsi dire les pratiques et directives de l’Envoyé de Dieu, cet idéal constitue la deuxième autorité spirituelle de la religion, la première étant la Révélation elle-même. Et la troisième, incomparablement moindre que les deux autres, sans aucun pouvoir pour promouvoir quelque changement fondamental que ce soit, réside dans un certain consensus des Musulmans eux-mêmes, de ceux dont l’opinion est sûre. Mais si l’Islam ne confie que peut d’autorité spirituelle à l’être humain, ce peu concerne tout le monde : c’est pourquoi on entend quelquefois affirmer que tout homme y est prêtre. De toute façon, l’Islam ne connaît pas la laïcité, donc ne coupe pas le pouvoir politique du pouvoir religieux, et on ne peut nier qu’il existe encore dans une multitude d’individus à travers le monde musulman une conscience aiguë et rigoureuse de ce que Dieu a ordonné et de ce que le Prophète a recommandé. Après les quatre premiers califes, que l’on continue à révérer comme des saints, les plus hautes fonctions ont été occupées par des hommes dont un nombre relativement restreint étaient des justes. Le dicton « Le pouvoir et le Paradis ne vont pas ensemble » en est venu très vite à être presque considéré comme un truisme. Mais la pénurie de chefs exemplaires n’a pu ébranler pour autant la structure immuable et adamantine de cette société théocentrique. Grâce à elle, et grâce à cette vigilance spirituelle largement répondue parmi les croyants, le monde de l’Islam a été capable de résister à certaines dures épreuves. Un conquérant païen comme Hulagu, petit-fils de Gengis Khan, a pu balayer la Perse, l’Irak et la Syrie, raser Bagdad, alors siège du califat, sans y laisser pierre sur pierre, et passer la plus grande partie de ses habitants au fil de l’épée, y compris le calife et tout sa famille – pour quel résultat ? En 1258 de notre ère, ces pays n’étaient gouvernables que d’une seule façon, et vers la fin du siècle, la dynastie mongole était devenue la championne de l’Islam et l’éclatante protectrice de ses arts. Telle est aussi la destinée qui attendait Tamerlan, conquérant peut-être encore plus destructeur, et ses successeurs du siècle suivant. Inutile de dire que l’Islam n’est pas la seule vraie religion à avoir absorbé ses conquérants païens. On peut trouver ailleurs divers exemples analogues, mais ceux que nous venons de citer son particulièrement frappants, de même que significatifs, comme nous le verrons, par la place qu’ils occupent dans le cycle temporel. »
22:35 Publié dans :: Histoire | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : islam, civilisation, califat, califes

Commentaires
Bonjour,
ce blog est très instructif. Concernant Martin Lings, je ne connaissais pas cet ouvrage "La Onzième Heure". Vous qui avez sûrement lu le livre, avez-vous une explication à ce titre qui paraît enigmatique ?
Merci
Ecrit par : Ikkyu | 30 mars 2008
Que l'on me pardonnes, mais ne je vous répondrai que demain, mardi, ou, au plus tard, après-demain.
Le temps me manque.
Ecrit par : Nasruddin ibn Yamin | 31 mars 2008
Dommage pour ton errement que le coran et son héros aient probablement été conçus qques siècles après que des supplétifs proto-arabes des superpuissances byzantine et sassanide ne tirent parti du drastique affaiblissement mutuel de ces dernières pour fonder leur propre empire à la zone de fracture puis au delà, avant de se lancer dans la constitution d'une idéologie légitimatrice de leur domination et de la poursuite de leur poussée impériale en tirant profit des diverses minorités (notamment les juifs & les nestoriens) ayant accumulé un fort ressentiment à l'égard des puissances précedemment souveraines.
De surcroît, le mosaïsme établit la séparation du religieux et du politique (moïse, selon le mythe, refusant de transmettre à une seule personne les deux fonctions qu'il avait lui même cumulées), et l'islam - peut-être encore moins que le christianisme, tt particulièrement orthodoxe, d'ailleurs - n'a jamais théoriquement rompu avec ceci, même si en pratique - cf. l'hérétique Akbar - il y eut qques exceptions de bien courtes durée et portée.
Le "islam din wa dawla" au sens pseudo-fondamentaliste présent est une innovation moderniste, infondée et illégitime selon la doctrine islamique ; d'ailleurs même la plupart des marja shiites - le shiisme étant pourtant plausiblement moins mosaïque que le sunnisme, et c'est sûrement pour ça que c'est en Iran que la réunion formelle du religieux et du politique est vraiment tentée depuis 30 ans ; même si l'incohérence d'une telle démarche avec l'islam est évidente - étaient contre le principe du vilayet e-faqih tel qu'inventé par Khomeini (et pas mal le sont toujours, certains plus clandestinement que d'autres).
La vérité est que là où il n'y a pas séparation, selon l'islam, c'est entre le vécu quotidien de chacun et l'impératif de soumission permanent manifesté dans les rites au sens large (façon talmud) et le prosélytisme sous toutes ses formes (façon saül), c'est tout.
Ecrit par : Alceste | 06 avril 2008
Alors selon Alceste, la tradition islamique serait une pure invention humaine motivée par des considérations politiques ? Sinon le "mosaïsme" c'est une belle trouvaille terminologique !
Quand tu parles de "l'hérétique Akbar", s'agit-il du cheikh al-Akbar c'est-à-dire Ibn Arabi ?
Ta pensée aurait besoin d'être dégrossie, triée et ordonnée pour apparaître un peu plus intelligible, à moins que tu ne parles que pour toi-même. Ca donne l'impression d'une régurgitation verbale de notions mal assimilées.
D'une manière plus générale, aurais-tu des références précises et accessibles pour mieux faire comprendre le fond de ta pensée ?
Ecrit par : Ikkyu | 06 avril 2008
Déjà ne parlons pas de tradition quant à l'islam. Le mosaïsme a l'anti-traditionnel pour essence. Il a repris la linéarité temporelle et l'eschatologie mazdéens, et s'est fait centre du monde. L'histoire du mosaïsme n'est que celui de ses exploitations et mutations opportunistes pour transformer l'habitation humaine du monde en camp de concentration à ciel ouvert, à l'aune du Néant impossible érigé en dieu seul, personnel, omnipotent. Le conspirationnisme, le suprématisme borné, la haine de la culture, l'homogénéisation identitaire, économique et sociale (la passion pour 'rendre égal ce qui est inégal'), etc. ça n'est pas une tradition, c'est le mal, tout simplement.
Et non je ne parlais pas d'Ibn Arabi, mais de Jalâluddin Muhammad Akbar, l'empereur Moghol.
Mais tu fais bien de mentionner Ibn Arabi, puisque lui aussi, en effet, était à peu près aussi musulman que Bruno (brûlé vif pour panthéisme) était chrétien, ou encore que Sohrawardi (exécuté pour panthéisme aussi) était musulman.
Toute mystique authentique est panthéiste, l'unité du tout étant en radicale opposion au dualisme ontologique (dissociationnisme) présent au fondement même du mosaïsme.
Parmi mes références, il y a, disons, Pythagore, Parménide, Zénon, Aristote, Plotin, Bruno, Spinoza, Nietzsche & Heidegger. Je suis consacré à l'Être un, incréé, infini, total & parfait. Ainsi qu'aux 3 formes de l'être-au-monde adéquat : la mystique, la science, et la santé.
Cf. la petite ébauche de traité suivante :
http://principeontique.blogspot.com/2007/12/quest-ce-que-le-principe-ontique.html
Ecrit par : Alceste | 06 avril 2008
J'ai lu ta petite ébauche de traité et c'est pour le moins ... déconcertant. Il y a toutefois une remarque intéressante dans ta réflexion à propos de l'Etre : "la personne n’est pas seulement ce que l’on désigne couramment sous le nom d’individu, ou même de personne, mais qu’elle est aussi partiellement ses ancêtres et ses descendants physiques (avec qui elle partage de son être, en l’occurrence biologique, génétique) ainsi même que partiellement toutes celles et ceux, de même que les choses, avec qui elle a interagit (en ce qu’elle a imprimé son être en eux de par sa présence".
Au sujet de l'Etre et de tout ce qu'il implique, il existe une excellente étude de cheikh Abd al-Wahid Yahya plus connu sous le nom de René Guénon et intitulée : "Les états multiples de l'Etre".
D'autre part d'un point de vue purement intellectuel et doctrinal, je ne vois pas ce que tu peux reprocher à la tradition islamique, qui en marge du domaine religieux et extérieur, a développé un point de vue métaphysique ce qui assure la validité traditionnelle de la religion. A moins que tu fasses l'amalgame entre l'islam traditionnel et les "wahabisme" et "salafisme" modernes qui n'ont pour but que de fausser cette validité ou cette légitimité traditionnelle.
Le meilleur exemple à donner est le rejet total qu'ils font des saints musulmans et de leur rôle d'intercesseur. Ils ne veulent envisager qu'une transcendance divine qui reste au final théorique et discursive, et rejetent tous les aspects complémentaires liés à l'Immanence du Principe au sein de notre monde. A cet égard il n'y a pas plus anti-traditionnel comme démarche.
Pour finir, la suite de ton traité prend un tournure très politique (complaisante envers l'extrême-droite), et on en arrive à se demander si les principes que tu as voulus poser en premier lieu ne servent pas de couverture et de justification à des objectifs peu avouables.
Ecrit par : Ikkyu | 08 avril 2008
Je n'accepte pas le discours selon lequel l'islam serait avant tout autre que ce qu'il y a dans sa doctrine explicite, et autre que versant évidemment facilement perceptible, d'autant plus qu'il en est la forme la plus basique et extrême, du mosaïsme. Le principe de 'révélation sélective' abrahamique, mosaïque, yeshuiste, mohammetane, etc. m'est profondément étranger ; je le perçois et comme une fausseté et comme une abomination. Toute parole est inspirée à un degré, et divinement inspirée si l'on accepte que l'être est tout, et dieu s'il en est ; et plus avant, restreindre la 'révélation' à une lignée de propos dédiée tout particulièrement à la subversion ('dieu à fait l'homme à son image', 'tend l'autre joue', 'islam din wa dawla'...) du rapport au monde et de son savoir est encore, non seulement faux mais ignoble. Il ne suffit pas de produire une 'métaphysique' (je rappelle d'ailleurs que ce terme n'existait pas du temps d'Aristote, pour qui son tome devenu 'la Métaphysique' était inséparable de son tome 'la Physique', ce qui est une affirmation ontologique en soi / ontologie qui était précisément de quoi il s'agissait, et ce consciemment, pour Aristote). Le rejet des 'saints' n'est d'ailleurs pas pour moi une preuve de non-traditionnalisme. Faire saint ce qui ne l'est pas n'étant pas traditionnel. Comme faire égal ce qui ne l'est pas - cf. les propos de Nietzsche sur le sujet - et pire encore faire supèrieur ce qui est inférieur, comme le font tous les mosaïsmes, est mauvais et intolérable.
Quand j'entends parler de conversions à l'islam soufi, je me marre ; il n'y a rien de moins mosaïque, et donc islamique, que la mystique, et donc - du moins il paraît - que le soufisme. Et n'y a t'il pas qque chose de profondément ridicule à se convertir formellement à un culte pour atteindre un fond qui en est son contraire. Quelle tradition authentique aurait besoin de se tourner vers une innovation radicale, 'révélation' d'un 'absolu qui serait - suprême contresens - tout-autre, ou plus précisément encore, 'que-autre'' ; laquelle nécessiterait de se tourner vers une culture étrangère, une langue étrangère, des symbôles étrangers.
Ceci s'appelle non pas tradition mais piège, non pas démarche vers la vérité, mais ivresse des simulacres.
Quant à ma 'complaisance envers l'extrême-droite', j'appellerais plutôt ça l'explicitation de ma reconnaissance de la visée droite, consubstantielle à une saisée de l'ontologie pure. Je suis politiquement de droite, c'est 'avoué', et je le tiens pour seule option noble qui soit. Par contre que l'on considère généralement comme 'd'extrême droite' en premier chef, l'antisémitisme, ne m'intéresse pas. L'antisémitisme est bien trop 'juif' pour moi. La droite qu'est-ce ? La hiérarchie ontique, le souçi de l'être, le soin de l'âme et des choses, et le combat contre le mauvais, c'est à dire ce qui affaiblit, érode, rend triste - tout particulièrement la situation de l'homme en rapport au un parménidien - selon le schème spinoziste. C'est tout.
Ecrit par : Alceste | 09 avril 2008
Apparemment on ne discute pas de la même chose ni du même sujet. Tant que ta connaissance de l'oeuvre de sheikh Abd al-Wahid Yahya restera aussi faible pour ne pas dire inexistante, cela ne pourra donner qu'un dialogue de sourd entre nous.
Si tu ne disposes pas des bonnes clefs pour ouvrir les bonnes portes, je n'y peux rien.
Je ne vois pas pourquoi venir alors sur un tel blog, si ce n'est que pour embêter le monde.
L'islam te dépasse et te dépassera toujours, c'est ton point de vue même qui t'y astreind. Dans ces conditions ton combat ne peut mener qu'a l'échec. Et tu croiras peut-être naïvement que ce sont tes fameuses "traditions mosaïques" qui te font de la résistance, alors que ce n'est que toi-même qui te tient Toi-même en échec. Tu ne peux pas rendre les autres responsables de tes propres limitations.
Ecrit par : Ikkyu | 09 avril 2008
Alceste, je vous demanderai de ne plus intervenir sur ce blog, ou alors vos messages seront effacés.
Mais soyez rassuré, ce que vous avez posté ici restera en ligne, afin que vos idées soient visibles et que ceux qui, comme vous, ont un penchant pour l'égarement, s'égarent, ainsi qu'ils le doivent.
Je ne peux que vous conseillez la lecture de René Guénon, afin de mieux cerner ce qu'est la Tradition, la mystique et l'initiation en général ainsi que des auteurs de l'antiquité comme Pythagore, Aristote, Plotin (qui échappe curieusement à l'accusation de mosaïsme), que vous semblez avoir mal compris également, à en juger par votre emploi du mot "panthéisme".
Je vous renvois également, sans me faire d'illusion, à la foule d'auteurs musulmans jouissant d'une autorité éxotérique énorme et qui ont, depuis toujours, reconnu dans le soufisme le coeur nécessaire de l'islam. Je vous renvois aussi aux quelques études sérieuses sur le sujet, telles que celles de Martin Lings, Titus Burckhardt ...
Ecrit par : Nasruddin ibn Yamin | 09 avril 2008
Le titre, La Onzième Heure, renvoi à une parabole (S.Mathieu XIX,1-16) disant que ceux qui n'ont commencé à travailler qu'à la onzième heure ont reçu le même salaire que ceux qui avaient "supporté le labeur accablant du jour et de la chaleur".
M.Lings l'interprète en faisant correspondre la onzième heure à notre époque, et aborde le thème des "compensations cycliques", autrement dit, des conditions particulières de notre époque qui peuvent revêtir un caractère bénéfique pour un initié.
Ecrit par : Nasruddin ibn Yamin | 09 avril 2008
Merci pour ces précisions, je vais essayer de me procurer le livre.
A bientôt
Ecrit par : Ikkyu | 10 avril 2008
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