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15 avril 2008

Bush aussi aime la "Voltaire de l'Islam"

Le Plan B n°13, avri-mai 2008



Dans l'esprit de ses chaperons français, la cause d'Ayaan Hirsi Ali ne saurait se confondre avec celle du droit d'asile. Pas une fois la question de l'accueil réservé aux étrangers persécutés - population dont se réclame l'ex-députée néerlandaise exilée à Washington - n'a été évoquée au meeting de l'ENS [voir Le Plan B n°13, avri-mai 2008]. Hors sujet. Les demandeurs d'asile n'étant pas tous victimes de l'islamisme, leur sort indiffère les insurgés mondains. La mesure d'exception réclamée par le PPA [ndr: Parti de la Presse et de l'Argent] s'appuie sur un argument plus noble : Ayaan Hirsi Ali incarnerait les valeurs de laïcité qui font la gloire éternelle de la France. "Cette grande dame, cette insoumise [...] lutte pour le triomphe non seulement de la laïcité, mais de la laïcité à la française, s'enflamme BHL dans Libération (11.02.08), elle plaide pour les mêmes valeurs de tolérance que Voltaire et [pour] le modèle de citoyenneté tel que l'ont inventé, avec Voltaire, les promoteurs des Lumières françaises." Dans Charlie Hebdo, Coraline Fourest (dont BHL est l'éditeur chez Grasset) sanctifie "la Voltaire de l'Islam" : "Il est temps de comprendre qu'Ayaan a autant besoin de nous que nous avons besoin d'elle."(6.2.08)
Mais le "besoin" de se procurer une martyre ne tiraille pas que BHL ou Charlie Hebdo. Il y a un an, la "Voltaire de l'Islam" étaut recrutée par l'Americain Enterprise Institute (AEI), un lobby ultraconservateur qui a inspiré ses exploits irakiens à George Bush. Elle y côtoie Newt Gingrich (mascotte de la droite religieuse américaine), Richard Perle (ancien vice-secrétaire à la Défense), Reuel Marc Gerecht (ex-spécialiste du Moyen-Orient à la CIA), Lynne Cheney (épouse du vice-président Dick) ou encore l'ex-PDG d''ExxonMobil, Lee Raymond. "Mes collègues et leurs épouses n'ont eu pour moi que gentillesse, générosité et amitié", les a remerciés l'insoumise" ("Coming to America", 26.7.07).
Encadrée par ces militants de la "laïcité à la française", Ayaan Hirsi Ali peut laisser librement s'épanouir ses valeurs de tolérance. Sur le site internet de l'AEI, elle explique ce que doit être "le rôle du journalisme aujourd'hui" : promouvoir la "guerre des idées qui oppose les valeurs de l'Occident à celles de l'Islam." "Vous [les journalistes]devriez cesser de vous auto-censurer. L'Islam et la démocratie libérale sont incompatibles. [...] Si nous ne comprenons pas les différences entre l'Occident et l'Islam - pourquoi l'un est si grand et l'autre si vil -, si vous renonçons à contre-attaquer et à gagner la bataille des idées pour préserver notre civilisation, il n'y a selon moi aucune justification à votre métier ni au mien." (19.5.07)
Les voltairiens de la Maison-Blanche se laisseront-ils chiper leur perle rare par une escadrille d'éditorialistes français ? Le Plan B retient son souffle.

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