31 mars 2008

Les raisons de la chute du Califat

Ce qui suit est la traduction de la lettre concernant le sionisme écrite en 1911 par le dernier Sultan ottoman, le Sultan Abdulhamid Khan au Sheikh Soufi Shadhili, Muhammad Efendi Abu Shamat:



Au nom d'Allah le Compatissant, le Miséricordieux!
Qu'Allah, le Seigneur des mondes, soit loué. Que la paix et les bénédictions soient sur Prophète, le messager du Seigneur du monde. Je m'adresse au sheikh respecté de la tariqa Shazili Mohammad Efendi Abu Shamat, le guérisseur des âmes et l'illumineur des coeurs, l'homme remarquable de son temps. Après les salutations je veux dire que j'ai reçu votre message le 22 mai et je remercie Allah que vous soyez en bonne santé. Mon Seigneur, Allah Tout-Puissant, étant à mon aide, je consacre des jours et des nuits à la récitation des wirds et je vous demande de toujours vous rappeler de moi dans vos prières. Laissez-moi partager avec vous et avec les gens de lucidité et d'esprit, mes soucis dans le respect d'une question très importante:


J'ai quitté le poste du dirigeant du Caliphat seulement à cause des obstacles et des menaces qui provenaient des gens qui se font appeller ' les Jeunes Turcs. ' Le Parti de l'Unité et du Progrès insiste d'une manière obsédante sur mon accord pour former un état juif national sur la terre sacrée de la Palestine. Mais malgré leur entêtement je l'ai toujours fortement refusé. Vers la fin ils m'ont offert 150 milions de livres anglaises en or, mais de nouveau j'ai refusé et je leur ai dit la chose suivante. ' Si vous m'offrez tout l'or du monde en l'ajoutant à vos 150 milions, je ne consentirai pas à vous donner la terre. J'ai servi l'Islam et les gens de Muhammad, paix et bénédictions sur lui, pendant plus de 30 ans et je ne serai pas le nuage de l'histoire Islamique, l'histoire de mes pères et grands-pères, des sultans ottomans et les califes.


Après mon refus définitif, ils ont décidé de m'enlever du pouvoir et après cela ils m'ont dit qu'ils me transporteraient à Salonique et j'ai dû démissionner. Je loue mon bienfaiteur qui ne m'a pas laissé apporter la honte sur l'état ottoman et le monde Islamique. Je veux m'y arrêter. Je loue le Tout-puissant de nouveau et finis ma lettre. J'embrasse vos mains nobles et espère que vous ne refuserez pas mon respect pour vous. Saluez tous nos frères et amis, Oh, mon excellent maître. Pardonnez-moi pour une si longue lettre mais j'ai voulu que vous soyez informés. Paix, bénédictions et miséricorde d'Allah sur vous.

Le Gardien des croyants, Abdulhamid ibn Abdulmajid.
29 Ramadan 1329.
Le 22 septembre 1911

28 mars 2008

Extrait, sur la civilisation théocentrique

extrait tiré du chapître IV de La Onzième Heure, de Martin Lings.
 
 
« Si notre époque est instructive sur le niveau le plus bas, aucune évidemment, ne l’est moins sur la nature des sociétés théocentriques. La plus récente des solutions providentielles au problème du gouvernement a été, il y a mille quatre cents ans, la fondation, à Médine, de l’Etat islamique primitif, dont le succès à ses débuts tient du miracle. Sa perfection initiale a cependant été de courte durée, mais, grâce à des archives détaillées, elle demeure aujourd’hui encore l’idéal, l’exemple et le critère. Aucun effet n’a été épargné pour la maintenir vivante dans la mémoire des hommes, et en un sens, c’est d’elle que l’Islam a vécu au cours des siècles. Incarnant pour ainsi dire les pratiques et directives de l’Envoyé de Dieu, cet idéal constitue la deuxième autorité spirituelle de la religion, la première étant la Révélation elle-même. Et la troisième, incomparablement moindre que les deux autres, sans aucun pouvoir pour promouvoir quelque changement fondamental que ce soit, réside dans un certain consensus des Musulmans eux-mêmes, de ceux dont l’opinion est sûre. Mais si l’Islam ne confie que peut d’autorité spirituelle à l’être humain, ce peu concerne tout le monde : c’est pourquoi on entend quelquefois affirmer que tout homme y est prêtre. De toute façon, l’Islam ne connaît pas la laïcité, donc ne coupe pas le pouvoir politique du pouvoir religieux, et on ne peut nier qu’il existe encore dans une multitude d’individus à travers le monde musulman une conscience aiguë et rigoureuse de ce que Dieu a ordonné et de ce que le Prophète a recommandé. Après les quatre premiers califes, que l’on continue à révérer comme des saints, les plus hautes fonctions ont été occupées par des hommes dont un nombre relativement restreint étaient des justes. Le dicton « Le pouvoir et le Paradis ne vont pas ensemble » en est venu très vite à être presque considéré comme un truisme. Mais la pénurie de chefs exemplaires n’a pu ébranler pour autant la structure immuable et adamantine de cette société théocentrique. Grâce à elle, et grâce à cette vigilance spirituelle largement répondue parmi les croyants, le monde de l’Islam a été capable de résister à certaines dures épreuves. Un conquérant païen comme Hulagu, petit-fils de Gengis Khan, a pu balayer la Perse, l’Irak et la Syrie, raser Bagdad, alors siège du califat, sans y laisser pierre sur pierre, et passer la plus grande partie de ses habitants au fil de l’épée, y compris le calife et tout sa famille – pour quel résultat ? En 1258 de notre ère, ces pays n’étaient gouvernables que d’une seule façon, et vers la fin du siècle, la dynastie mongole était devenue la championne de l’Islam et l’éclatante protectrice de ses arts. Telle est aussi la destinée qui attendait Tamerlan, conquérant peut-être encore plus destructeur, et ses successeurs du siècle suivant. Inutile de dire que l’Islam n’est pas la seule vraie religion à avoir absorbé ses conquérants païens. On peut trouver ailleurs divers exemples analogues, mais ceux que nous venons de citer son particulièrement frappants, de même que significatifs, comme nous le verrons, par la place qu’ils occupent dans le cycle temporel. »