28 mars 2008

Extrait, sur la civilisation théocentrique

extrait tiré du chapître IV de La Onzième Heure, de Martin Lings.
 
 
« Si notre époque est instructive sur le niveau le plus bas, aucune évidemment, ne l’est moins sur la nature des sociétés théocentriques. La plus récente des solutions providentielles au problème du gouvernement a été, il y a mille quatre cents ans, la fondation, à Médine, de l’Etat islamique primitif, dont le succès à ses débuts tient du miracle. Sa perfection initiale a cependant été de courte durée, mais, grâce à des archives détaillées, elle demeure aujourd’hui encore l’idéal, l’exemple et le critère. Aucun effet n’a été épargné pour la maintenir vivante dans la mémoire des hommes, et en un sens, c’est d’elle que l’Islam a vécu au cours des siècles. Incarnant pour ainsi dire les pratiques et directives de l’Envoyé de Dieu, cet idéal constitue la deuxième autorité spirituelle de la religion, la première étant la Révélation elle-même. Et la troisième, incomparablement moindre que les deux autres, sans aucun pouvoir pour promouvoir quelque changement fondamental que ce soit, réside dans un certain consensus des Musulmans eux-mêmes, de ceux dont l’opinion est sûre. Mais si l’Islam ne confie que peut d’autorité spirituelle à l’être humain, ce peu concerne tout le monde : c’est pourquoi on entend quelquefois affirmer que tout homme y est prêtre. De toute façon, l’Islam ne connaît pas la laïcité, donc ne coupe pas le pouvoir politique du pouvoir religieux, et on ne peut nier qu’il existe encore dans une multitude d’individus à travers le monde musulman une conscience aiguë et rigoureuse de ce que Dieu a ordonné et de ce que le Prophète a recommandé. Après les quatre premiers califes, que l’on continue à révérer comme des saints, les plus hautes fonctions ont été occupées par des hommes dont un nombre relativement restreint étaient des justes. Le dicton « Le pouvoir et le Paradis ne vont pas ensemble » en est venu très vite à être presque considéré comme un truisme. Mais la pénurie de chefs exemplaires n’a pu ébranler pour autant la structure immuable et adamantine de cette société théocentrique. Grâce à elle, et grâce à cette vigilance spirituelle largement répondue parmi les croyants, le monde de l’Islam a été capable de résister à certaines dures épreuves. Un conquérant païen comme Hulagu, petit-fils de Gengis Khan, a pu balayer la Perse, l’Irak et la Syrie, raser Bagdad, alors siège du califat, sans y laisser pierre sur pierre, et passer la plus grande partie de ses habitants au fil de l’épée, y compris le calife et tout sa famille – pour quel résultat ? En 1258 de notre ère, ces pays n’étaient gouvernables que d’une seule façon, et vers la fin du siècle, la dynastie mongole était devenue la championne de l’Islam et l’éclatante protectrice de ses arts. Telle est aussi la destinée qui attendait Tamerlan, conquérant peut-être encore plus destructeur, et ses successeurs du siècle suivant. Inutile de dire que l’Islam n’est pas la seule vraie religion à avoir absorbé ses conquérants païens. On peut trouver ailleurs divers exemples analogues, mais ceux que nous venons de citer son particulièrement frappants, de même que significatifs, comme nous le verrons, par la place qu’ils occupent dans le cycle temporel. »

14 juin 2007

Influence de la civilisation islamique en Occident

Article tiré du recueil d'articles de René Guénon, Apercus sur l'ésotérisme islamique et le taoisme, publié originellement dans la revue El Marifah, et traduit de l'arabe pour être publié dans la revue Etudes Traditionnelles, en 1950. 

 

La plupart des Européens n’ont pas exactement évalué l’importance de l’apport qu’ils ont reçu de la civilisation islamique, ni compris la nature de leurs emprunts à cette civilisation dans le passé et certains vont jusqu’à totalement méconnaître tout ce qui s’y rapporte. Cela vient de ce que l’histoire telle qu’elle leur est enseignée travestit mes faits et paraît avoir été altérée volontairement sur beaucoup de points. C’est avec outrance que cet enseignement affiche le peu de considération que lui inspire la civilisation islamique, et il a l’habitude d’en rabaisser le mérite chaque fois que l’occasion s’en présente. Il importe de remarquer que l’enseignement historique des Universités d’Europe ne montre pas l’influence dont il s’agit. Au contraire, les vérités qui devraient être dites à ce sujet, qu’il s’agisse de professer ou d’écrire, sont systématiquement écartées, surtout pour les événements les plus importants.
Par exemple, s’il est généralement connu que l’Espagne est restée sous la loi islamique pendant plusieurs siècles, on ne dit jamais qu’il en fut de même d’autres pays, tels que la Sicile ou la partie méridionale de la France actuelle. Certains veulent attribuer ce silence des historiens à quelque préjugés religieux. Mais que dire des historiens actuels dont la plupart sont sans religion, sinon adversaires de toute religion, quand ils viennent confirmer ce que leurs devanciers ont dit de contraire à la vérité ?
Il faut donc voir là une conséquence de l’orgueil et de la présomption des Occidentaux, travers qui les empêchent de reconnaître la vérité et l’importance de leurs dettes envers l’Orient.
Le plus étrange en cette occurrence c’est de voir les Européens se considérer comme les héritiers directs de la civilisation hellénique, alors que la vérité des faits infirme cette prétention. La réalité tirée de l’histoire même établit péremptoirement que la science et la philosophie grecques ont été transmises aux Européens par des intermédiaires musulmans. En d’autres termes, le patrimoine intellectuel des Hellènes n’est parvenu à l’Occident qu’après avoir été sérieusement étudié par le Proche-Orient et n’étaient les savants de l’Islam et ses philosophes, les Européens seraient restés dans l’ignorance totale de ces connaissances pendant fort longtemps, si tant es qu’ils soient jamais parvenus à les connaître.
Il convient de faire remarquer que nous parlons ici de l’influence de la civilisation islamique et non spécialement arabe comme on le dit quelquefois à tort. Car le plupart de ceux qui ont exercé cette influence en Occident n’étaient pas de race arabe et si leur langue était l’arabe, c’était seulement une conséquence de leur adoption de la religion islamique.
Puisque nous sommes amenés à parler de la langue arabe nous pouvons voir une preuve certaine de l’extension de cette même influence en Occident dans l’existence de termes d’origine et de racine arabe beaucoup plus nombreux qu’on ne le croit généralement, incorporés dans presque toutes les langues européennes et dont l’emploi s’est continué jusqu’à nous, encore que beaucoup parmi les européens qui s’en servent ignorent totalement leur véritable origine. Comme les mots ne sont autre chose que le véhicule des idées et le moyen d’extériorisation de la pensée, on conçoit qu’il soit extrêmement facile de déduire de ces faits la transmission des idées et des conceptions islamiques elles-mêmes.
En fait, l’influence de la civilisation islamique s’est étendu dans une très large mesure et d’une manière sensible à tous les domaines, science, arts, philosophie, etc. L’Espagne était alors un milieu très important à cet égard et le principal centre de diffusion de cette civilisation. Notre intention n’est pas de traiter en détail chacun de ces aspects ni de définir l’aire d’extension de la civilisation islamique, mais seulement d’indiquer certains faits que nous considérons comme particulièrement importants, bien que peu nombreux soient à notre époque ceux qui reconnaissent cette importance.
En ce qui concerne les sciences, nous pouvons faire une distinction entre les sciences, nous pouvons faire une distinction entre les sciences naturelles et les sciences mathématiques. Pour les premières, nous savons avec certitude que certaines d’entre elles ont été transmises par la civilisation islamique à l’Europe qui les lui emprunta d’une façon complète. La chimie par exemple, a toujours gardé son nom arabe, nom dont l’origine remonte d’ailleurs à l’Égypte ancienne, et cela bien que le sens premier et profond de cette science soit devenu tout à fait inconnu des modernes et perdu pour eux.
Pour prendre un autre exemple, celui de l’astronomie, les mots techniques qui y sont employés dans toutes les langues européennes sont encore pour la plupart d’origine arabe,et les noms de beaucoup des corps célestes n’ont pas cessé d’être les noms arabes employés tels quels par les astronomes de tous les pays. Ceci est dû au fait que les travaux des astronomes grecs de ‘antiquité, tels que Ptolémée d’Alexandrie, avaient été connus par des traductions arabes en même temps que ceux de leurs continuateurs musulmans. Il serait d’ailleurs facile de montrer en général que la plupart des connaissances géographiques concernant les contrées les plus éloignées d’Asie ou d’Afrique ont été acquises pendant longtemps par des explorateurs arabes qui ont visité de très nombreuses régions et on pourrait citer beaucoup d’autres faits de ce genre.
Pour ce qui a trait aux inventions qui ne sont que des applications des sciences naturelles, elles ont également suivi la même voie de transmission, c’est-à-dire l’entremise musulmane, et l’histoire de « l’horloge à eau » offerte par le Khalife Haroun-el-Rachid à l’empereur Charlemagne, n’a pas encore disparu des mémoires.
En ce qui concerne les sciences mathématiques, il convient de leur accorder une attention particulière sous ce rapport. Dans ce vaste domaine, ce n’est pas seulement la science grecque qui a été transmise à l’Occident par l’intermédiaire de la civilisation islamique, mais aussi la science hindoue. Les Grecs avaient aussi développé ma géométrie, et même la science des nombres, pour eux, était toujours rattachée à la considération de figures géométriques correspondantes. Cette prédominance donnée à la géométrie apparaît clairement, par exemple dans Platon. Il existe cependant une autre partie des mathématiques appartenant à la science des nombres qui n’est pas connue, comme les autres sous une dénomination grecque dans les langues européennes, pour la raison que les anciens Grecs l’ont ignorée. Cette science est l’algèbre, dont la source première a été l’Inde et dont l’appellation arabe montre assez comment elle a été transmise à l’Occident.
Un autre fait qu’il est bon de signaler ici malgré sa moindre importance, vient encore corroborer ce que nous avons dit, c’est que les chiffres employés par les Européens sont partout connus comme chiffres arabes, quoique leur origine première soit en réalité hindoue, car les signes de numération employés originairement par les Arabes n’étaient autres que les lettres de l’alphabet elles-mêmes.
Si maintenant nous quittons l'examen des sciences pour celui des arts, nous remarquons que, en ce qui concerne la littérature et la poésie, bien des idées provenant des écrivains et des poètes musulmans, ont été utilisées dans la littérature européenne et que même certains écrivains occidentaux sont allés jusqu'à l'imitation pur eet simple de leurs oeuvres. De même, on peut relever des traces de l'influence islamique en architecture, et cela d'une façon toute particulière au Moyen Age; ainsi, la croisée d'ogive dont le caractère s'est affirmé à ce point qu'elle à donné son nom à un style architectural, a incontestablement son origine dans l'architecture islamique, bien que de nombreuses théories fantaisistes aient été inventées pour dissimuler cette vérité. Ces théories sont contredites par l'existence d'une tradition chez les constructeurs eux-mêmes affirmant constamment la transmission de leurs connaissances à partir du Proche-Orient.
Ces connaissances revêtaient un caractère secret et donnaient à leur art un sens symbolique; elles avaient des relations très étroites avec la science des nombres et leur origine première a toujours été rapportée à ceux qui bâtirent le Temple de Salmon.
Quoi qu'il en soit de l'origine lointaine de cette science, il n'est pas possible qu'elle ait été transmise à l'Europe du Moyen Age par un intermédiaire autre que celui du monde musulman. Il convient de dire à cet égard que ces constructeurs constitués en corporations qui possédaient des rites spéciaux, se considéraient et se désignaient comme étrangers en Occident, fût-ce dans leur pays natal, et que cette dénomination a subsisté jusqu'à nos jours, bien que ces choses soient devenues obscures et ne soient plus connues que par un nombre infime de gens.
Dans ce rapide exposé, il faut mentionner spécialement un autre domanie, celui de la philosophie, où l'influence islamique atteignit au Moyen Age une importance si considérable qu'aucun des plus acharnés adversaires de l'Orient ne saurait en méconnaître la force. On peut dire véritablement que l'Europe, à ce moment, ne disposait d'aucun auter moyen pour arriver à la connaissance de la philosophie grecque. Les traductions latines de Platon et d'Aristote, qui étaient utilisées alors, n'avaient pas été faites directement sur les originaux grecs, mais bien sur des traditions arabes antérieures, auxquelles étaient joints les commentaires des philosophes musulmans contemporains, tel qu'Averroès, Avicenne, etc.
La philosophie d'alors, connue sous le nom de scolastique, est généralement distingué en musulmane, juive et chrétienne. Mais c'est la musulmane qui est à la source des deux autres et plus particulièrement de la philosophie juive, qui a fleuri en Espagne et dont le véhicule était la langue arabe ,comme on peut le constater par des oeuvres aussi importantes que celles de Moussa-ibn-Maimoun qui a inspiré la philosophie juive postérieure de plusieurs siècles jusqu'à celle de Spinoza, où certaines de ses idées sont encore très reconnaissables.
Mais il n'est pas nécessaire de continuer l'énumération de faits que tous ceux qui ont quelque notion de l'histoire de la pensée connaissent. Il est préférable d'étudier pour terminer d'autres faits d'un ordre tout différent, totalement ignorées de la plupart des modernes qui, particulièrement en Europe, n'en ont pas même la plus légère idée; alors qu'à notre point de vue ces choses présentent un intérêt beaucoup plus considérable que toutes les connaissances extérieurs de la science et de la philosophie. Nous voulons parler de l'ésotérisme avec tout ce qui s'y rattache et en découle en fait de connaissance dérivée, constituant des sciences totalement différentes de celles qui sont connues des modernes.
En réalité, l'Europe na' de nos jours rien qui puisse rappeler ces sciences, bien plus, l'Occident ignore tout des connaissances véritables telles que l'ésotérisme et ses analogues, alors qu'au Moyen Age il en était tout autrement; et, en ce domaine aussi, l'influence islamique à cette époque apparaît de la façon la plus lumineuse et la plus évidente. Il est d'ailleurs très facile d'en relever les traces dans des oeuvres aux sens multiples et dont le but réel était tout autre que littéraire.
Certains Européens ont eux-mêmes commencé à découvrir quelque chose de ce genre notamment par l'étude qu'ils ont faite des poèmes de Dante, mais sans arriver toutefois à la compréhension parfaite de leur véritable nature. Il y a quelques années, un orientaliste espagnol, Don Miguel Asin Palacios, a écrit un ouvrage sur les influences musulmanes dans l'oeuvre de Dante et a démontré que bien des symboles et des expressions employées par le poète, l'avaient été avant lui par des ésotéristes musulmans et en particulier par Sidi Mohiyddin-ibn-Arabi. Malheureusement, les remarques de cet érudit n'ont pas montré l'importance des symboles mis en oeuvre. Un écrivain italien, mort récemment, Luigi Valli, a étudié un peu plus profondément l'oeuvre de Dante et a conclu qu'il n'a pas été seul à employer les procédés symboliques utilisés dans la poésie ésotérique persane et arabe; au pays de Dante et parmis ses contemporains, tous ces poètes étaient membres d'une organisation à caractère secret appelée "Fidèles d'Amour" dont Dante lui-même était l'un des chefs. Mais lorsque Luigi Valli a essayé de pénétrer le sens de leur "langage secret", il lui a été impossible à lui aussi de reconnaître le véritable caractère de cette organisation ou des autres de même nature constituées en Europe au Moyen Age. La vérité est que certaines personnalités inconnues se trouvaient derrière ces associations et les inspiraient; elles étaient connues sous différents noms, dont le plus important était celui de " Frères de la Rose-Croix". Ceux-ci ne possédaient point d'ailleurs de règles écrites et ne constituaient point une société, ils n'avaient point non plus de réunions déterminées, et tout ce qu'on peut en dire est qu'ils avaient atteint un certain état spirituel qui nous autorise à les appeler "soufis" européens, ou tout au moins mutaçawwufin parvenus à un haut degré dans cette hiérarchie. On dit aussi que ces "Frères de la Rose-Croix" qui se servaient comme "couverture" de ces corporations de constructeurs dont nous avons parlé, enseignaient l'alchimie et d'autres sciences identiques à celles qui étaient alors en pleine floraison dans le monde de l'Islam. A la vérité, ils formaient un anneau de la chaîne qui reliait l'Orient à l'Occident et établissaient un contact permanent avec les soufis musulmans, contact symbolisé par les voyages attribués à leur fondateur légendaire.
Mais tous ces faits ne sont pas venus à la connaissances de l'histoire ordinaire qui ne pousse pas ses investigations plus loin que l'apparence des faits, alors que c'est là, peut-on dire, que se trouve la véritable clef qui permettrait la solution de tant d'énigmes qui autrement resteraient toujours obscures et indéchiffrables.

21 mars 2007

L'extrémisme islamique pourrait sauver l'Occident

Voici la traduction d'un article en anglais, trouvé sur le forum Convergences. Un grand merci à Thorkan pour la traduction.
 
 
Cela choquera et offensera probablement beaucoup d’Américains d’apprendre que la cause de leur présence ici, leur puissance, leur influence et leur position dans le monde sont directement liées à la religion islamique et à la culture arabe. Eh oui, la plupart des « enturbannés » et des « barbus » que les États Unis combattent actuellement sont directement responsables de la prééminence et du pouvoir, non seulement des États Unis, mais du monde occidental en général.

En dehors du fait que la civilisation occidentale est née dans le Croissant Fertile, c’est-à-dire la Mésopotamie (l’actuel Irak), c’est un fait historique indiscutable que c’est le savoir et la sophistication de la culture arabe qui ont conduit a beaucoup des progrès scientifiques qui feront de l’Europe le berceau de la science, du savoir et du développement.

Après l’institutionnalisation de la religion islamique à travers la région méditerranéenne, l’extension de la culture et du savoir arabes fut telle que les rois européens, les rois chrétiens, envoyaient leurs fils et leurs filles s’instruire dans des villes musulmanes, comme Cordoue ou Tolède. Les Croisés revenus du Moyen-Orient ont parlé de la richesse de la culture arabe, ce qui a provoqué une demande européenne de produits arabes et, par voie de conséquence, l’ouverture de voies commerciales entre l’Europe et le Moyen-Orient. La richesse engendrée par ce commerce avec les Arabes a augmenté le pouvoir d’États-cités comme Venise ou Florence, les berceaux de la Renaissance en Europe.

Les découvertes arabes dans le domaine de la navigation, de l’Astrolabe au compas en passant par ces vaisseaux rapides nommées Caravelles ont rendu possible l’arrivée des Européens dans le Nouveau Monde. N’oublions pas que le Portugal et l’Espagne, ces deux puissances qui ont détenu le monopole de l’exploration du Nouveau Monde pendant assez longtemps, ont été dominés par les Arabes pendant 700 ans.

Comme nous le prouvent chaque soir les journaux, il y a une guerre en ce moment. Superficiellement, il s’agit de « terrorisme » et de « liberté ». Il y en a qui font un pas de plus et accusent le pétrole et les banques, sans parler du « lebensraum » d’Israël. Bien que toutes ces choses aient un rôle à jouer, certaines plus que d’autres, la vraie guerre est celle de deux visions du monde. Durant les débats qui ont eu lieu aux Nations Unies entre la clique internationaliste dirigée par la France, l’Allemagne, la Russie, la Belgique et la Chine d’un côté et la nationaliste menée par les États-Unis, la Grande-Bretagne (et dans l’ombre Israël) il y a eu une joute verbale en langage codé.

Le camp nationaliste, représenté dans les débats par Colin Powell, parlait de la « Vieille Europe » dans le but de présenter ceux qui étaient opposés à la guerre contre l’Irak comme attardés, pour les opposer à ceux du Nouveau Monde qui vont éclairer et sauver l’humanité d’hommes et d’idées dangereuses.

Et, malgré tout, nous savons que la raison de l’opposition du camp internationaliste à la guerre contre l’Irak a peu à voir avec autre chose que la protection de leurs intérêts commerciaux et contrecarrer l’hégémonie américaine dans le monde en faveur de la leur. Cela montre qu’il y a, du moins pour une part de la « coalition des volontaires ( ?) », le désir d’aller au-delà de l’éthique défendue par l’Ancien Monde (c’est-à-dire le Moyen-Orient) qui représente un obstacle dans la construction de ce Nouvel Ordre Mondial dont Bush le Sage a parlé il y a plus d’une décennie, même si cela implique de voir les États Unis la mener à bien à la place des Nations Unies.

Pour le «Nouveau Monde », donc le Nouvel Ordre Mondial, le monde arabo-musulman a des valeurs arriérées. Il interdit l’avortement et le contrôle des naissances. Ils ont des familles nombreuses, au contraire de l’Occident où la famille moyenne a seulement deux enfants. Il interdit l’usure à laquelle l’Ouest attribue sa supériorité économique. C’est une société « fermée » (lire : pas de sodomie, de pornographie, de mode de vie gay, etc.). C’est une société « cruelle » (lire : ils ne laissent personne dans le couloir de la mort pendant 20 ans). Et au bout du compte, ils ne jouent pas le jeu selon les règles du marché, ce qui veut dire qu’ils veulent un juste prix pour leur seule vraie source de richesse, leur pétrole, au lieu de le donner a l’Ouest pour une fraction de sa valeur. En d’autres termes, le tableau qui est peint ici est celui d’un monde musulman qui est ce que le monde chrétien a été et devrait être.

On peut déjà entendre le rugissement de ceux qui n’avaient jamais pensé à cela d’une manière critique, en particulier les portes paroles bien payés de la télé et de la radio qui se déguisent en chrétiens. « La religion de Mohammed est mieux que la religion de Jésus Christ ?! » Non, ce qui est dit ici est que la religion musulmane ressemble au christianisme plus que le christianisme occidental actuel, parce que le christianisme occidental actuel n’est pas du tout du christianisme, mais un amalgame dilué de « philosophie » New Age mélangé avec quelques éléments spirituels qui, bien qu’appelés chrétiens, peuvent être retrouvés dans toutes les religions connues. Au fil de décennies d’influence délétère et de propagande des médias et de l’intelligentsia, la majeure partie de la chrétienté en Occident a été réduite à un seul commandement, vague et difficile à cerner: « être gentil ».

Le fait est que, en mettant de côté toutes les autres raisons qui entourent cette guerre et qui ont été énumérées au début de cet article, il existe au Moyen-Orient, ou dans le Vieux Monde, comme certains veulent l’appeler, une culture toujours attachée aux principes moraux de base, valeurs qui ne se sont pas encore rendues à l’influence corruptrice des media occidentaux ou à l’argent occidental.

Durant les 50 dernières années, toutes les cultures sont tombées devant ce pouvoir corrupteur qui tente d’asservir tous les hommes de manière à les réduire à la valeur de ce qu’ils produisent et consomment, pour ce faire, les personnes derrière ce programme ont calmement mais sciemment supprimé tous les obstacles sur leur route, religion, culture, morale, tradition, vision du monde, à travers les media, l’éducation et la finance ; ce qui fut fait, excepté pour la culture fermée du monde arabo-musulman.

Par le qualificatif « arabo-musulman », on ne doit pas seulement entendre « musulman ». La culture qui existe dans le monde arabe est autant chrétienne que musulmane. Il y a des millions de chrétiens qui ont fondamentalement la même culture que leurs confrères musulmans, bien plus que les Américains entre eux, indépendamment de la religion. Ce sont ces Chrétiens et ces musulmans qui rejettent des notions « modernes » comme l’avortement, le contrôle des naissances, la sodomie, la pornographie, l’usure et les « valeurs du marché ».

Ils voient encore la famille, la famille traditionnelle, avec tous ses rôles traditionnels, comme la structure la plus importante de leur société, et ils prennent très au sérieux tout ce qui pourrait la menacer. Ils connaissent la valeur de leurs enfants, et combien dangereux est devenu le relativisme moral de l’occident, qui menace directement la stabilité de leur société. Ils reconnaissent que si leurs enfants et leur société étaient soumis aux idéaux qui promeuvent le déclin moral sur une longue période, cela provoquerai finalement le déclin national.

On devrait considérer que le Nouvel Ordre Mondial a utilisé et utilise toutes ses ressources et toute son influence pour émasculer et neutraliser toute opposition à son projet mondial. L’Église Catholique, qui a été crainte par les présidents et les Premiers ministres de l’ancien monde, a été rendue obsolète. A travers des portes paroles comme Jean-Paul II, le Nouvel Ordre Mondial a ouvertement été adopté, et quand l’Eglise est un petit peu agitée et sort du droit chemin, eh bien la clique du Nouvel Ordre Mondial produit quelques nouvelles allégations de pédophilie et d’abus sexuels.

La plupart des groupes protestants, dirigés par des personnes influentes de la télévision ou de la radio, peuvent parler des dangers du Nouvel Ordre Mondial et de la sécularisation de l’Occident, et quand même soutenir ouvertement Bush quand il met en place des lois qui nous volent nos libertés sous couvert de lutte contre le terrorisme, ou bien « oublier » la soumission de Bush au lobby pro avortement en de multiples occasions. Donc, à l’exception de quelques poches de résistance, il n’y a personne qui tient tête au Nouvel Ordre Mondial excepté le monde arabo-musulman.

Si par miracle le monde arabo-musulman sort victorieux de ces attaques sauvages, et que l’influence séculaire/athée du programme du Nouvel Ordre Mondial est réduit à un niveau qui permette à la chrétienté occidentale de regagner son ancienne assise, on devra en remercier la religion de l’Islam et le monde arabe, pour ne pas s’être effondré face à l’extermination. Et ce sera le Christianisme occidental et la civilisation occidentale qui seront les bénéficiaires de l’ « Extrémisme Islamique ».

Mark Glenn – un écrivain et ancien professeur d’université américain, actuellement auteur/commentateur.