03 septembre 2008
L'Islam face au monde moderne (2/5)
L’accusation de fanatisme (2ème chapitre de l'ouvrage de Charles-André Gilis, L'Intégrité Islamique)
L’excellence et la vitalité de la communauté islamique, sujets d’inquiétude et d’envie pour ceux qui pratiquent les autres religions, sont alarmantes pour l’Occident moderne qui ne comprend ni ne maîtrise un phénomène dont la signification lui échappe. L’accusation de fanatisme qu’il porte contre les musulmans vise un aspect plus spécial de cette excellence communautaire, qui est évoqué dans cet autre verset : « Il est des hommes qui prennent à côté (littéralement : en dessous) d’Allâh (ce qu’ils considèrent comme) des « égaux » ; ils les aiment comme s’il s’agissait d’Allâh, alors que ceux qui croient (en Lui et en Son Prophète) ont pour Allâh un amour plus intense (ashadd) » (Cor., 2, 165) ; ce qui signifie, selon Ibn Arabî : « Les croyants ont une forme de conviction (sidq) plus intense dans leur amour pour Allâh que les associateurs dans leur amour pour ce qu’ils considèrent comme des « associés »[1]. En doctrine akbarienne, l’ « association » est impossible car Allâh n’a pas d’ « égal » : « Il n’engendre pas et n’est pas engendré ; il n’y a pour Lui aucun égal (concevable) » (Cor., 112, 4). Selon la réalité véritable, on ne peut Lui « associer » quoi que ce soit. Dans la perspective indiquée par ce commentaire akbarien, les termes « associateurs » et « associés » doivent être compris plutôt dans le sens d’une association formelle à la proclamation de la pure Unité qui est celle d’Allâh envisagé en tant que Nom Suprême. C’est pourquoi il a été ordonné au Prophète de combattre les hommes jusqu’à ce qu’ils disent : « Il n’est d’autre divinité qu’Allâh ». La communauté islamique est perçue comme « fanatique » parce que l’amour des musulmans pour Allâh, pour Son Prophète et pour leur religion est plus intense que l’amour envers Dieu ou l’Etre principiel tel qu’il se manifeste encore dans els communautés traditionnelles dont la fondation a précédé celle de l’islâm. Du moins en est-il ainsi aujourd’hui, car une telle comparaison n’était pas possible naguère. Dans le monde contemporain, les religions et autres formes traditionnelles sont confrontées pour la première fois les unes aux autres. Cette situation sans précédent est à l’origine du scepticisme et du relativisme qui prévalent en Occident, mais c’est elle aussi qui, par un effet providentiel concordant et compensatoire, montre à tous l’excellence de l’islâm, demeurée cachée jusqu’alors.
Selon Ibn Arabî, l’intensité dans l’amour de Dieu et la pratique de la religion découle de la force inhérente à la sincérité de la foi et à la conviction inébranlable des croyants exprimée dans le tasawwuf par le terme sidq. Le sidq est défini traditionnellement comme étant l’ « épée d’Allâh » (sayf Allâh) sur la terre. Cette notion est liée à celle de « grande guerre sainte » (al-jihâd al-akbar), la guerre intérieure que l’homme doit mener « contre les ennemis qu’il porte en lui-même »[2]. Cette épée invisible symbolise la forme de l’islâm. Elle est, pour le monde moderne, l’ennemi le plus redoutable, car aucune force matérielle, aucune contrainte psychique ne peut prévaloir contre elle. Les musulmans sont dans une situation de guerre par le simple fait qu’ils existent. Ils sont considérés comme des fanatiques parce qu’ils sont musulmans et que leur foi en Allâh est plus forte que toutes les autres croyances, que celles-ci soient véridiques et traditionnelles ou bien mensongères et profanes. Ce qu’on leur reproche en réalité, c’est leur sincérité et leur fidélité à l’alliance divine contre laquelle le modernisme s’est érigé et insurgé.
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19 avril 2008
L'intégrité islamique
Sauvegarder l'essentiel
extrait de L'intégrité islamique, de Charles-André Gilis (Abd ar-Razzaq Yahya)
L’affinité profonde de l’intégration et de l’intégrisme – deux noms jumeaux pour deux politiques jumelles – se marque dans leur acceptation commune de la division du monde en nations et en Etats. D’un côté, les musulmans au pouvoir se préoccupent d’avantage de l’intégrité des frontières que de celle de l’islâm ; de l’autre, les partisans de l’intégration considèrent comme un fait accompli le morcellement de la communauté islamique puisqu’ils acceptent les conditions et les statuts définis pour eux par chaque Etat. Dans l’attente de jours meilleurs, la préoccupation essentielle nous paraît devoir être de perpétuer les rites de l’islâm et du tasawwuf de la façon la plus complète et la plus traditionnelle possibles, et de s’efforcer d’échapper aux contraintes imposées par les puissants. S’agissant de l’islâm en général, l’intégrisme peut apparaître comme la meilleure alternative, en dépit des objections que nous avons formulées, mais il n’en va pas nécessairement ainsi pour la pratique du tasawwuf, souvent plus menacée par les musulmans au pouvoir que dans les Etats « laïques » ou « neutres » en matière de religion. Quant aux musulmans qui vivent dans les pays occidentaux, ils doivent nécessairement accepter des compromis. Le Prophète lui-même n’a-t-il pas dit qu’un temps viendrait où nul ne pourrait échapper à la « poussière de la riba », c’est-à-dire du prêt à intérêt, de manière au moins indirecte ? L’essentiel, pour les croyants, est qu’il n’y ait pas d’«intégration des coeurs » [1] et que ces compromis soient acceptés dans un esprit de patience et de sagesse, car il n’y a « ni puissance, ni force, si ce n’est par Allâh, l’Elevé, l’Immense. »
[1] La notion d’intégration contient l’idée fausse que l’islâm est une religion étrangère. Seul Ordre révélé destiné à l’ensemble des hommes, l’islâm est chez lui partout. Affirmer le contraire revient à considérer les musulmans d’origines occidentale comme étant des étrangers dans leur propre pays. C’est plutôt l’essence de la religion traditionnelle qui a cessé d’avoir droit de citer en Occident. Ce que les Occidentaux veulent à tout prix « intégrer », c’est-à-dire domestiquer, ce n’est pas l’islâm, c’est la religion.
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